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diaphane express

14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 21:51

on était assis sur la marche ou quelque part sur un siège, me souviens plus, il y a si longtemps, il n’y avait pas de télé, nous étions uniques, privilégier la bibliothèque au carré noir et blanc qui inondait les foyers, au fil des pages, remplir mes étagères, des mots qui prennent la main et posent à l’humain des bribes de rêve et d’amour,
mon père tranchait mes yeux d’un regard bienveillant et scrutateur, face à mes peurs d’ado, il semblait lui aussi perdu entre souvenirs et devenir, c’était l’évacuation au travers de ruines encore fumantes, son licenciement pour refus de dénonciation, métro, boulot, ce combat professionnel pour sortir de ce rural immobile d’où il venait et se voir expert en sécurité industrielle, porteur d’humanisme et bafoué au joug des intérêts,
la ville dévorante, ce qui était en train de devenir la banlieue et ses métastases, regardait-il ma main refermée, mon cahier sur la nappe à carreaux ou de vagues résurgences passées et indécises, ce soir là, Papa m’a dit :
- tu vois même après tout ce vécu, je préfère ma place à la tienne, ce monde va si mal

 

on était assis peut-être le cul trempé par l’aube ou le crépuscule naissant, me souviens plus, si peu de temps mais tellement de vitesse au diagramme des sciences et modes idéologiques, plus de livres mais au fil des rues d’étranges silhouettes aveugles reliées dans leur solitude à d’éphémères technologies, l’écran omniprésent,
c’était moi le père qui cherchait au fond de ses yeux face à ses peurs d’ado, les trente glorieuses devenues trente peureuses, c’était le temps de l’amour libre et d’une forte culture littéraire et musicale, ils ont gerbé des no futur sur la brique, émaillée de rap et d’électro, puis des billets comme emblème, leurs cabanes numériques, tout ce bouillon de certitudes artificielles,

la ville moite et palpitante, ses non-droits, crevasses de bitume fondu, les infos du jour débitées à de sourdes oreilles, désormais ces hordes soumises d’aveugles et édentés, l’intérim comme survivance, je baissais les yeux, première victime de ce nouveau monde, je posais sur la table un testament de tourments obligés, de précarités dévorantes, j’ai attrapé son regard, et lui ai dit :
- tu vois même après tout ce vécu, je préfère ma place à la tienne, ce monde va si mal

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Published by daniel - dans écriture
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commentaires

sagahan 12/01/2013 00:36


Bonsoir et bonne année


 


merci pour ce texte ! nostalgique et au couleur du desespoir

daniel 12/02/2013 23:12



pardon sagahan pour ce retard,
mes hurlements ne sont pas verts, qui sait, tellement de similitudes,
au plaisir de se lire



voyages immobiles

pétrir les nuées,

ce jus d’humain

écarlate et bleu parfois

aux stries asséchées,

des paradoxes d’histoire

font les aubes béates,

se pencher au miroir tremblotant,

s’y voir et plonger la main

à tâtons y cueillir l’amour

city.jpg

viens,

il traine ici des relents de soufre,

ces nuits d’uniformes

de cagoules et de coups,

palper les vides,

filets d’égoïsme, d’ignorance,

gris et encore cramoisis,

villages bombardés,

vos crachats meurtriers font les différences,

aux arrières cours,

les limousines et costumes veillent,

cravates au fond des banques,

transis mais toujours à l’affut,

retrouver la rue,

le droit de dire, de se préserver…

 

viens,

on va se faire des baisers,

se toucher et frémir,

se plonger en iris,

dire caresses et mots,

faut surmonter comme excrément peut-être,

leur héritage,

leurs protocoles et tabous,

et si les gestes sont mêmes,

les échéances dévoreuses et lénifiantes,

ne laissent en germes

que déserts et murs,

sur la vitre,

méandres de pluie,

ta peau aux confins d’étoffe,

survivance éphémère et fragile,

faire avec l’instant…

thailande.jpg

viens

ne pas se perdre au fond des jungles,

aux chauds effrois du désert,

aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,

chercher le parasite au tréfonds du poil,

ces sourires édentés,

de sagesse, d’aride et de moussons,

les peaux se touchent, se mêlent,

engluées,

débris de marécages, forêts tatouées au bitume,

filets qui suintent, dépouillés de frémissements,

glaces orphelines et mourantes,

on tend même plus la main

pour dire au secours, pour connaître l’autre,

des bruits de sirène et de moteurs,

si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,

et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,

sagesse.jpg

viens

traversons ensemble

la courbe de brume et ces vagues d’illusions,

dans leur coupe, le sang du sacrifice

tout comme la bombe dans l’autobus,

l’âme a perdu son âme,

à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,

englués de certitudes,

croix, croissant, étoile,

la mitraillette aux portes du temple,

et des voiles de drapeaux et d’armures,

derniers battements de cœur,

mais restent les légiférants,

et nous courbés, boucliers d’égoïsme,

muets et tremblotants,

voila quelquefois des mains qui se serrent,

les bouches fumantes des sillons chuchotent,

aux reflets aveugles des cités,

je suis à genou ?

peut-être avec toi,

juste au nom de l’humain…

auroville.jpg

...

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