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diaphane express

28 octobre 2005 5 28 /10 /octobre /2005 22:00
premier jour
j’ai lavé la gamelle avec l’eau propre qu’il restait
l’enfant a dormi toute la journée,
des râles dans son sommeil
je sens mes yeux qui piquent
il me faut me débarrasser de toute cette poussière
le temps est devenu trop long
deuxième jour
l’enfant s’éveille, il traîne à quatre pattes dans les détritus, l’air étonné mais serein
j’ai fais cuire un peu de viande que j’ai mélangé avec des biscuits
il a peu mangé et moi je n’ai pas encore faim
troisième jour
l’enfant est beau quand il rit
il me reste ça
j’ai trouvé un miroir, il ne reflétera plus jamais d’image
j’ai quand même vu mes yeux
rouges sur ma peau trop blanche
j’ai compté mes réserves, quelques jours encore
le nécessaire pour l’enfant
quatrième jour
l’enfant n’arrête pas de gémir, il se roule par terre, il n’a pas chaud
paraît normal
je l’ai emmené sur la plage
l’eau est noire
l’air reste jaunâtre
onzième jour
j’ai creusé dans le sable
j’ai mis des planches calcinées pour maintenir la fosse
j’agirai ce soir
j’ai jeté le miroir
l’enfant pleure et moi fort mal à la tête depuis ce matin
douzième jour
je n’ai pas pu agir hier, pas oser
c’est pour après midi
le sable glisse déjà dans le trou
l’enfant torturé me suit partout
l’air devient brun, la mer reste noire
encore ces maux de tête
treizième jour
l’enfant et maintenant,
moi…………….
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26 octobre 2005 3 26 /10 /octobre /2005 22:00
J’avais froid.
Pieds nus sur les dalles, harnaché, bardé de lourdes couleurs, hautain, il me dit : "Qui es-tu, qu’as-tu fait ?" Je sentais la souffrance à venir, déferlement de violence et de haine. Il m’écoutait ou plutôt ne voulait plus m’entendre. "Mon royaume n'est pas de ce monde, mon royaume n’est pas d’ici."
Pâleur des choses, hypocrisie du jeu. J’avais froid, au corps et au cœur. Toutes ces nuits passées dans l’écœurement. Au début, l’espoir des autres, puis l’espoir d’une autre, puis plus rien. Il ne voulait pas se prononcer, je lui faisais peur. L’ultime personne à me juger, se refusait à le faire, effrayé par la solitude, la mienne présente et la sienne à venir.
J'ai oublié le reste. Je me souviens d’une bousculade, de coups et de griffes sur ma peau, de gens hystériques, affamés de mort, du ciel grisâtre, et de longs couloirs sans vie. Ils me firent tomber brusquement, dans le silence. Je ne pouvais même plus haïr. La chlamyde pourpre qu’ils me mirent me réchauffa un peu. Chaque crachat sur ma joue devint une fleur. Ma souffrance devint ma force, leur plaisir mon indifférence. Je me souviens du grand, qui soudain s’approcha. D’un geste nerveux, il m'ôta le manteau, puis se reculant, observa ma nudité d'un regard sans limite. Le froid de nouveau et les autres pétrifiés. Mes pieds étaient sales, sur mon ventre perlait la sueur, je relevais mes cheveux. Je me vis pour la première fois.
Souvenir de sa main douce sur mon sexe, de sa bouche égarée, humide.
J’étais comme eux, matériel et laid, pantin sous la pluie, un gosse qui hurle dans le vide. Et j’ai crié, du sang dans la bouche, j’ai éructé sous le fouet des organes de désespoir, j’ai imploré la force et mon amour de toi. Spasmes et dégoût, douleur et néant.
De nouveau la foule, mon épaule écorchée, le poids de la bêtise. On m’arrache, on me bat, le sang et la fange, la sueur et la cruauté. Je tombe, mon dos n’est qu’une plaie, on m’insulte, on me tue. On éjacule sur moi la stérilité du monde. Je vous vois tel que vous êtes, fantômes blafards vous fuyant vous-mêmes. Je vous vois tel que vous êtes, sordides et mesquins, dénués de compréhension, tourbillonnants dans votre propre défécation, épaves de l’habitude et du mensonge. Quelqu'un m'aide, je me relève, mon fardeau est moins lourd.
Mais ou est-elle ?
Et soudain j’aperçois, vague colline en terre battue, pas une herbe, juste fleurie de cadavres, décomposition de l’humanité, charnier du monde. Le temps est long, je ne la verrais plus. Le bruit mou du bois qui tombe sur le sol, ils sont là, tous, silencieux et avides. Conseil de l'ordre, moralisateurs, chevaliers de la répression, intellectuels fous, vendeurs de vérité, soldats échevelés devenus machines, badauds curieux, voyeurs et sadiques. Vision symbolique de la vie et de l’homme. Je suis sur le bois, je sens la corde serrer mes bras, mes veines qui gonflent. Je vois leurs visages grandis par la démesure et l’attente. Je suis petit, souillé, déformé et hideux.
Elle n’est pas là.
Les liens sur mes jambes, l’éveil exacerbé du corps, du mercure dans les veines. Et puis, j'ai serré les dents, une éponge dans la bouche, l’écho saccadé du marteau. Enfoncement vers l’oubli. Je me regarde, et je vois mon supplice qui passe dans leurs yeux, les fait briller. J’ai mal, dérisoire de l’existence, du sang sur mes mains, du sang rouge comme le ciel maintenant. Ne pas hurler, ne rien leur donner, pas même l’agonie. Je vous comprends désormais, je vous connais. Vous vous tuez vous-même et vous trichez en plus. Vous êtes des charognes dont les vautours ne veulent même pas.
Et toi, tu n’es pas là. Me faut-il la mort pour te comprendre ?
J’ai mal, mal comme vous ne pouvez imaginer, mal aux mains, aux pieds, mal à l’âme. La sueur sur mon front, je quitte la terre. Des soldats hissent mon support, je m'élève et je vois la foule. Des milliers de regards qui brillent, des milliers de miroirs sans teint, d'étincelles d'inconscience. Le poids de mon corps tire sur mes membres, agrandissant mes plaies, ravivant la douleur. Et vous avez peur, vous êtes plus cloués à mon image, que ma chair sur le bois. J’ai soif.
Je ne te vois pas.
J’ai du dire que j’ai soif, on me tend une étoffe, ruisselante. Dernier cadeau de votre part, acidité du vinaigre. Jusqu’au bout, vous m’aurez donné la force de vous quitter, sans peine. Je crache ce poison, cet acide sur mes lèvres. Je sens mon souffle se raccourcir, et la brume m’envahir. Je lève la tête. Le ciel qui gronde, déchirement de nuages, du noir sur du gris. Complicité des éléments ?
Je te cherche parmi les autres, je t’attends encore.
C 'est toujours le silence. Trop d’émotions pour vos cœurs amorphes ou manque de volonté à vos actes glorieux.
C’est le silence. Pourquoi m'as-tu abandonné ?
Et soudain j’entrevois. Mes larmes et le brouillard m'empêchent de discerner. Dans la foule, un murmure. Je baisse la tête, et la lance qui s’approche. Inconsciemment je tends ma poitrine vers ce baiser final. Je n’ai plus dans le cœur que le vide de ce monde, et bientôt ce fer brillant qui va m’offrir l’oubli. Spasmes, voiles d’ombre, je sens la chaleur d’un fluide réchauffer ma peau. Et doucement, usé jusqu’au fond de moi, avant de vous donner mon dernier souffle, je te vois, à genoux, au pied de mon calvaire.
Et ta main qui se tend, ultime cri d’amour.
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26 octobre 2005 3 26 /10 /octobre /2005 22:00
Raphaël était très pâle.
Prostré sur le bord du canapé, il me jeta dans un demi sourire forcé, avant que je ne prenne congé:
- T' inquiètes pas Pierrot, ça va aller. Tu sais tout est transitoire et passager dans la vie, ça n' est qu' une question de patience. Allez, salut, et merci d' être venu.
Je le regardais encore en fermant la porte, figé, immobile, comme atteint d' une paralysie naissante. Raphaël mon pote, mon ami de toujours. C' est Tine, sa compagne qui m' avait prévenu. Tine, nous l' avions connu ensemble, Raphaël et moi. Une de ces nuits ou l' on voudrait reculer l' aube, ou la fumée et le vin deviennent les tremplins de la complicité et du rêve, du délire et du désespoir. Raphaël était timide, parfois désemparé. Et c' est le hasard qui nous fit la rencontrer. La même table, les mêmes solitudes égarées, le même mal intérieur peut-être. Raphael était de ces gens, qui une fois les vannes de l' amour ouvertes, laissait jaillir sa tendresse et sa douceur à qui voulait s' en abreuver. Tine et lui se rapprochèrent trés vite, et je les trouvais bien ensemble, l' un paraissant subvenir aux carences de l' autre, et réciproquement. Déjà trois ans qu' ils avaient décidé d' unir leurs douleurs et leurs espoirs. Moi, Pierrot, témoin silencieux de leur union, j' étais resté prés d'eux, complice et ami, regardant le temps qui passe.
Et puis il y eu ce soir. Le soir de la visite de Tine, la première.
- Pierrot, tu devrais passer voir Raphaël. Il est étrange. J 'ai comme l' impression de ne plus le reconnaître. Il est drôle.
- Malade, non? Il couve peut-être quelque chose?
- Non, c' est pas ça, d' ailleurs il est passé voir le toubib avant hier. Juste un p' tit traitement vitaminé. Non, c 'est différent. Lui si jovial, si expressif d' habitude, tu le connais, et bien il devient silencieux, taciturne, maussade. Il ne parle plus, sourit à peine, et surtout, ce qui m'alarme le plus, c' est que parfois il reste des heures, comme hébété, recroquevillé sur lui même à regarder je ne sais quoi, l' air à demi absent. Je sais pas, j' ai un peu peur. Passe le voir, tu veux? Tu me diras ce que tu en penses.
Pauvre Tine, en descendant l' escalier qui mène à la sortie, je ne pouvais m' empêcher de penser à elle. Je venais de quitter Raphaël, et j' avais l' impression confuse que quelque chose d' étrange s' était produit en lui. Quelque chose d' inexplicable. Deux heures passées ensemble, à chercher la faille, l'explication. Il n' avait pas bougé, pas même pour m' offrir à boire, geste qu'il faisait toujours. J' avais dû le harceler pour lui faire sortir quelques phrases. Des phrases ambiguës, comme des symboles, prononcées avec lenteur, comme étant le fruit d' une profonde réflexion. Que se passait-il? Ou que s' était-il passé?
 Les mêmes mots revenaient toujours dans ses propos: transitoire, évolution, aboutissement, patience.
Raphaël mon frère, que deviens-tu? Il paraissait posséder une vérité qu' il voulait préserver aux yeux des autres, ou ne dévoiler qu' a demi mots, qu' en sous-entendus.
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Les fleurs desséchées avaient laissé choir leurs pétales meurtris, dessinant sur la table une arabesque terne et désordonnée. Dehors, le vent livrait bataille contre les éléments. C' était l' heure d' avant la nuit, l' agonie douce du jour. Le téléphone déchira la torpeur.
- Pierrot, c' est Tine, excuse moi.
- Raphaël ?
- Oui, ça s' aggrave. Depuis quand es-tu passé ?
- Avant-hier, je comptais venir ce soir.
- Oui viens ! Ecoute, il ne mange plus, il est hagard, il reste immobile, c' est à peine s' il me parle, il dit qu' il est bien, qu' il faut le laisser tranquille, qu' il sait ce qu' il a, que c' est momentané. T' es le seul qui peut m' aider, viens.
- J' arrive.
Le froid du dehors m' avait surpris, et c' est en courant que j' atteignis ma voiture. Raphaël que t' arrivait-il ? Combien de fois avions nous remodelé le monde ? Le verbe, tu savais t' en servir mieux que quiconque, tu savais bâtir, détruire, dompter les mots à ta convenance. Combien de visages silencieux t' avaient écouté, regardé, traverser les nuits, nous emmenant dans ton sillage et tes fulgurances. Tu étais l' expression même de la vie, la pensée enfin mise a nue, dépouillée de tout ce qui hantait notre conscient.
Lorsque Tine m' ouvrit, ce qui me frappa d' abord, ce fut l' odeur. Une odeur un peu âcre, de bombyx, de papier desséché, tenace et agressive. Raphaël était sur le canapé, au même endroit que lors de ma dernière visite. Il était roulé sur lui même, tel un fœtus gigantesque.
- Salut,.....rot,..tu viens voir le malade. C' est rien tu sais, juste le début de la métamorphose....un passage en quelque sorte.
Assis prés de lui, je le regardais. Il était blême, les yeux presque fermés. Ses doigts repliés ne semblaient plus irrigués par le sang. Il avait maigri, ses joues creusées lui donnaient un aspect cadavérique.
- Pierrot, surtout si tu m' aimes, n' alerte personne. Je te le demande. Tu vois j' ai tous mes esprits. Je crois savoir ce que j' ai, j'peux pas t' en dire plus. Occupes toi de Tine, au cas ou. Maintenant s' il te plait laisse moi seul, laisse moi continuer, et merci pour ton silence.
A peine avait-il fini de parler, que je le vis se replier un peu plus, retombant dans le mutisme qu' il observait depuis plusieurs jours.
Raphaël, Raphaël. Ou vas-tu? Tu sembles vouloir te couper du monde, volontairement. Quitter cet horizon contraignant que tu paraissais pourtant avoir accepté. Tu voudrais nous quitter, peut-être, en douceur? Retourner à la source de vie, remonter le temps?
Traversant de nouveau la ville, je voulais comprendre. Toutes ces solitudes grouillantes, dirigées par je ne sais quel farce, ardente fourmilière, nimbée de la lueur pâle des néons. Et là bas, perdue entre quatre murs, une femme qui s' interroge et un homme silencieux, vision obscurcie d' un présent en transit.
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Deux nouveaux jours s' étaient écoulés. Tine était passée me voir. Elle était perdue, désemparée. Elle me disait que ce n' était même plus la peine d' aller le voir, ses yeux s'étant définitivement fermés. Il parlait de moins en moins, ne buvait plus, et ne demandait qu' une seule chose, garder le secret, ne faire intervenir personne. Indécis, je ne savais que faire. Fallait-il que je le revois, ou devais-je respecter ses désirs, ne rien dire. J' attendais.
Et puis vint le surlendemain.
Je revenais du travail, lorsque gravissant les escaliers, j' entendis du bruit. Tine était assise au pas de ma porte, elle pleurait.
- Pierrot, Pierrot, Raphaël n' est plus à la maison. Je suis rentrée tout à l' heure, et il n' était plus là. Il a pris la voiture. Il ne m' a même pas laissé un message. Dans l' état de faiblesse ou il est, j' ai vraiment peur! Qu' est-ce qu' on fait? Il faut que tu m' aides Pierrot !
Une partie de la nuit nous servit à téléphoner. L' hôtel de police, les hôpitaux, les amis, personne ne l' avait vu. Raphaël avait disparu. Introuvable. Nous étions Tine et moi, comme deux enfants indécis, paumés. Que faire? Attendre? Attendre un fatidique coup de téléphone, nous informant brièvement et froidement du devenir de Raphaël. L' attente se transforma en angoisse, et l' angoisse en peur.
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Quatre jours après la disparition de Raphaël, je découvris un soir dans ma boite aux lettres, un curieux message. C' était une feuille de cahier, arrachée, sur laquelle était dessinée grossièrement une carte. Une écriture maladroite indiquait le nom d' une grande route, ou, de là partait un chemin plus petit, visiblement enfoui dans une forêt. Et quelque part, au milieu de cette esquisse confuse, on y voyait une croix. Pas un mot, pas d' autre indication, rien.
Une heure plus tard, Tine était là. Par je ne sais quelle intuition, j' étais sur que ce message venait de Raphaël. Tine le pensait aussi. L' incertitude des traits, l' inachevé du dessin, laissait à penser que Raphaël avait dû éprouver certaines difficultés à le faire. Les cartes dépliées sur la table, la plus grande partie de la journée se passa à chercher, à repérer le lieu ou il pourrait se trouver. Nous ne voulions pas nous égarer, il nous fallait nous servir du peu de renseignements que le dessin nous livrait pour localiser précisément l' endroit.
La nuit commençait à se poser sur la ville.
La voiture roulait sous ce crépuscule. Nous étions fébriles. Tine était anxieuse, esquissant un sourire forcé et triste. On ne parlait pas. Le temps semblait s' être arrêté, nous donnant une impression de longueur et d' appréhension insoutenable.
- C' est là, chuchota Tine, tourne à droite, on ne doit plus être loin.
Nous étions maintenant sur un chemin de terre, cahoteux. Les phares éclairaient difficilement les bas-cotés. La végétation venait griffer la tôle du véhicule, et la progression se faisait de plus en plus lente. Combien de minutes passèrent ? Nous avions l' impression d' être hors du temps, enfoncés dans cette nuit froide, toutes vitres baissées, à scruter attentivement le moindre indice qui nous indiquerait l' aboutissement de notre étrange quête.
- Pierrot, regarde là bas.
J' arrêtais la voiture, éteignis les lumières. Un peu plus loin, on pouvait déceler la silhouette d' une automobile. Une étrange lueur, diffuse, blanchâtre, s' en émanait. Doucement, comme pour ne pas troubler le silence des lieux, nous approchions. C' était bien la voiture de Raphaël. A demi cachée par les bosquets, nul doute que personne n' eut pu la découvrir. Sans un mot, nous nous penchâmes vers le carreau de la portière. Stupeur et incompréhension.
Au travers de la lumière, maintenant vive, nous le vîmes.
Il était là, couché sur la banquette, immobile, plié sur lui même, embryon démesuré, nu, avec pour seul vêtement, la carapace diaphane et spongieuse d' un cocon en formation.
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voyages immobiles

pétrir les nuées,

ce jus d’humain

écarlate et bleu parfois

aux stries asséchées,

des paradoxes d’histoire

font les aubes béates,

se pencher au miroir tremblotant,

s’y voir et plonger la main

à tâtons y cueillir l’amour

city.jpg

viens,

il traine ici des relents de soufre,

ces nuits d’uniformes

de cagoules et de coups,

palper les vides,

filets d’égoïsme, d’ignorance,

gris et encore cramoisis,

villages bombardés,

vos crachats meurtriers font les différences,

aux arrières cours,

les limousines et costumes veillent,

cravates au fond des banques,

transis mais toujours à l’affut,

retrouver la rue,

le droit de dire, de se préserver…

 

viens,

on va se faire des baisers,

se toucher et frémir,

se plonger en iris,

dire caresses et mots,

faut surmonter comme excrément peut-être,

leur héritage,

leurs protocoles et tabous,

et si les gestes sont mêmes,

les échéances dévoreuses et lénifiantes,

ne laissent en germes

que déserts et murs,

sur la vitre,

méandres de pluie,

ta peau aux confins d’étoffe,

survivance éphémère et fragile,

faire avec l’instant…

thailande.jpg

viens

ne pas se perdre au fond des jungles,

aux chauds effrois du désert,

aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,

chercher le parasite au tréfonds du poil,

ces sourires édentés,

de sagesse, d’aride et de moussons,

les peaux se touchent, se mêlent,

engluées,

débris de marécages, forêts tatouées au bitume,

filets qui suintent, dépouillés de frémissements,

glaces orphelines et mourantes,

on tend même plus la main

pour dire au secours, pour connaître l’autre,

des bruits de sirène et de moteurs,

si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,

et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,

sagesse.jpg

viens

traversons ensemble

la courbe de brume et ces vagues d’illusions,

dans leur coupe, le sang du sacrifice

tout comme la bombe dans l’autobus,

l’âme a perdu son âme,

à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,

englués de certitudes,

croix, croissant, étoile,

la mitraillette aux portes du temple,

et des voiles de drapeaux et d’armures,

derniers battements de cœur,

mais restent les légiférants,

et nous courbés, boucliers d’égoïsme,

muets et tremblotants,

voila quelquefois des mains qui se serrent,

les bouches fumantes des sillons chuchotent,

aux reflets aveugles des cités,

je suis à genou ?

peut-être avec toi,

juste au nom de l’humain…

auroville.jpg

...

Dans L'armoire

une présence

...un peu de douceur,
dans un monde de brutes...