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diaphane express

6 septembre 2006 3 06 /09 /septembre /2006 21:59

de toutes façons là ou ailleurs
les nuits sont toujours les mêmes,
si je baise ce soir ce sera toujours ça de gagner contre la mort
à l’entrée d’Hidden hills ça puait l’urine, il y avait du verre cassé comme tapis rouge
Paul m’a dit que c’est un mec bien, qu’on allait s’entendre
le son était pourri mais c’est du blues alors j’ai rien dit
je l’ai vu tout de suite
déjà il tapait la bouteille
sa chemise entrouverte sur son torse de colosse
je voyais la sueur en filaments glisser de sa nuque et s’accrocher à l’étoffe
oui, je vais me le faire, j’aime ces types qui en ont qui en dégagent
- hey mec c’est moi, Janis
Jim s’est retourné, je l’ai vu dans ses yeux, je faisais l’affaire
sur les sofas auréolés de taches de gerbes et d’alcool séchées, une bande de freaks apeurés devaient jardiner le peyolt sur Mars ou Neptune
- tu sais on m’appelle Pearl aussi, c’est le nom qu’on donne aux putes par chez nous
Jim éclusait, son visage rougissait sous l’effet du liquide, moi j’attaquais ma première de Southern, on était comme deux cons un peu timide et impressionnés par l’autre,
il est beau ce type, putain il en met
Paul s’est mis à l’écart, je le voyais nous mater trop heureux de réunir deux grandes gueules du rock peut-être aussi parce qu’il craignait la suite
c’était de ces nuits de ouate brune et troublée, de fines tentures psychédéliques étaient accrochées pour cacher la lèpre plâtreuse des murs et les néons délavés injectaient des reflets criards aux volutes sombres de la fumée
la voix de l’ogre s’amplifiait à mesure que les verres se vidaient, je ne saisissais pas tous ces propos, il me parlait de lézard, d’aura et de contre-culture, je le sentais partir dans un désespoir ou grandissait l’agressivité
merde je veux juste baiser, j’veux pas de pseudo délire orgasmique, non, rien qu’une bonne queue pour oublier ma peur et cette putain de solitude qui me ronge
c’est foutu pour ce soir, j’en ai marre de ce bastringue de ringards friqués et je vois soudain Jim commencer à cogner un mec, il en impose avec sa carrure de géant, ses mèches frisées qui lui poissent le visage, le type à terre s’est relevé et s’est tiré
- lâche-moi, mec, t’es trop speed, prend un truc ça te calmera, non c’est foutu, fais pas chier
plus je le repoussais plus il en demandait, appuyé sur le bar, titubant il cherchait encore à saisir des bribes de vie comme des bouées avant les voiles torturées du délire
j’ai traversé la salle, suis allé voir Paul
- tirons-nous, j’en peux plus
dehors sous le halot du réverbère, deux junkies se faisaient un fixe, on est monté dans la voiture et j’ai entendu Jim qui beuglait en cognant sur le carreau, il a ouvert la porte m’a tiré par les cheveux, merde mes plumes
tu sais quoi, j’ai pris la bouteille de Southern et je lui ai fracassé sur la gueule, j’ai vu Jim osciller et s’écrouler sur l’asphalte, j’ai regardé Paul, inquiète
- t’en fais pas, il va s’en remettre, la violence, il connaît, il aime ça
le lendemain, Paul m’a appelé, il était allé voir Jim en répétition
- tu sais ce qu’il m’a dit, Janis, que t’étais une femme géniale, grandiose, qu’il voulait te revoir mais quand il m’a demandé ton numéro de téléphone, je lui ai dit que c’était peut-être préférable de laisser tomber et je l’ai senti anéanti

 

( librement inspiré de Break on through : The Life And Death of Jim Morrison / Riordan James et  Prochnicky Jerry )

« Je suis un être humain, sensible, intelligent, affligé de l'âme d'un clown qui me force toujours à tout gâcher aux moment les plus importants » - Jim Morrison 
« Sur scène, je fais l'amour à 25 000 personnes. Après, je rentre à la maison, seule. » - Janis Joplin

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4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 20:53

allez viens,
je veux juste faire un bout de chemin
avec toi
je dis tu même si je pense vous
tu es plus proche
que ces ombres assoiffées
qui tous nous hantent et nous rongent
je veux respirer, je veux vivre et voir des yeux rieurs m’observer, des accents, cris de bouches, semer encore la terre et les couleurs du monde, et cette voie de rocaille parsemer le désert, nuages translucides, cocon liquide, l’effort salé du désespoir, le souffle du naseau
viens, me lâches pas
faut digérer le trop plein
gueulements de flics et d’ambulances
des carrés, des cubes, l’indécence urbaine
agressive et criarde
au fond des couloirs ou sur canapé frileux
coincé, engoncé au survivre narcissique de l’espèce
on s’argumente, on s’alibi
naufragé obligé aux cycles du remous
viens, nous lâchons pas
on aspire tous les deux à cette aube plus bleue
un plus un égale deux
je veux croire encore aux tourments de la peau,
aux messages de la pierre et de ses oripeaux
le canon étouffé
sous le chant de l’oiseau
et le mot liberté
tatoué sur nos peaux
viens, me dis pas que je suis seul
il y a l’autre affamé
et celui sous le fer
et l’enfant déchiré et le travail des mères
le soldat obligé et le sang, la misère
non,

on reste pas muet devant tant de colères
dessinons tous les deux
des couleurs sur les ruines
c’est maintenant ou jamais
semer ou récolter
je m’égare, m’illumine
sous l’éclat du programmé populaire, j’erre et j’observe, jungle apeurée, courbée et silencieuse, comme ces tournesols fatigués de soleil, j’entends leurs voies vengeresses et cruelles, je suis dedans,
t’es avec moi…

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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 09:33

clavier

comme une main que l'on serre et retrouve

aussi le fait d'être seul, on ne peut écrire autrement

comment allez-vous ?

ce jour, cette nuit, l'esprit tellement empli et soudain si dépouillé

le murmure de la rivière celui plus prétentieux du fleuve

le rouge de la brique érigé en édifice

devenu rosé au fond du verre

au bout des paupières, l'angoisse en errance

l'oubli furtif, teinté naïf et amnésique

et puis

l'onde tiède du courant qui pousse et libère

l'histoire au fond du vitrail et du silence

l'éclat d'un rire aux gorges de la nuit

les aubes troubles, promesses et testament

musiques et voix

fragments d'existence recueillis, volés au temps

viandes grillés, piqûres d'autochtones ailés

ce pli du sourire, rictus égaré si peu usité

et l'onde encore, son murmure dessous la fenêtre

clavier

doigts fébriles, derniers témoins

qui cherchent l'obligatoire

tandis que l'esprit vagabonde

reste à vider les bagages

 comment allez-vous ?
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4 août 2006 5 04 /08 /août /2006 06:04

bon je vais ranger un peu le bureau avant de partir, les femmes de ménage ne peuvent savoir que mon désordre est « organisé » - drôle d’impression, j’en aurai presque un sentiment de culpabilité, qui a dit lobotomie du travail ?

allez je quitte ce sombre couloir et les sourires hypocrites qui le hantent, je pousse la porte, ah oui j’ai oublié de pointer, ça y est, Messieurs je suis absent désormais

dehors comme un air de liberté, me faudra quand même quelques jours pour savourer pleinement ce transitoire détachement

voilà l’escalier, cet étrange escargot nous mène ou j’habite en haut, au deuxième, venez, je vous laisse les clés, c’est mignon chez moi vous verrez, vous connaissez déjà les masques, ils sont vos amis – bon c’est petit mais les poutres apparentes donnent l’illusion d’une fermette ou d’un chalet montagnard, allez faut toujours rêver un peu

je vous ai laissé un peu de fromage, de la moutarde, de la confiture et une bouteille de rosé dans le frigo, ah oui il y a aussi du chocolat noir sur l’étagère et quelques carottes dans le bac à légumes

ici c’est une partie de la bibliothèque, c’est elle ma vrai nourriture, vous y trouverez certainement votre bonheur, de l’histoire, de la poésie, de l’ethnologie, du romanesque et un peu de géographie pour se repérer dans tous ces voyages – chaque livre a son signet, je n’aime pas que l’on plie les coins de page, ça laisse des cicatrices aux ouvrages – bon faites pas trop attention à la poussière, c’est juste un rideau de temps

la chambre est petite mais vous verrez, elle est calme et lumineuse et si d’aventure vous la transformiez en vaisseau de plaisir, le ciel est juste au dessus et la voisine du dessous est un peu sourde alors ne vous gênez pas – prenez bien soin de mon petit compagnon, c’est ma fille qui me l’a offert et je n’ai pas encore réussi à lui trouver un nom, laissez-moi un petit mot si vous avez une idée – dans la table de chevet à droite, vous trouverez de l’encens et des bougies et un recueil de René Char

bon, ben je vais vous laisser, j’ai enlevé le mot de passe sur l’ordinateur vous pourrez toujours me déposer un comm, ça me fera vraiment plaisir au retour, on est jamais très en forme dans ces moments là quand les yeux sont encore tout emplis de nuits blanches, de promenades et de découvertes et que la pointeuse nous attend

je penserai à vous, c’est promis, je reviendrai le 20

 allez je vous embrasse
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30 juillet 2006 7 30 /07 /juillet /2006 13:51

écrire, c'est offir, partager, les mots sont malléables et impersonnels et chacun peut les prendre et en jouer
ci-dessous le texte d'origine

 

sur la grève,

elle semble si frêle, cristal d’ombre, immobile,

avec au fond des yeux des élans avortés d’étreintes aux mugissements martelés d’un océan de sueur

le dernier chalut a saisi le port, s’est porté vers la jetée comme essoufflé,

elle a vu ces hommes titubants déposer leur maigre récolte sur un quai transpirant d’embruns et de vent et se fondre aux brumes assoiffées du roulis de l’ivresse

elle s’avance vers ce ventre mouvant ne relève pas sa robe que l’écume acharnée vient lui souiller en flocons de bave et gifles salées,

elle tend le bras, voudrait saisir ces confins d’horizon pour y cueillir l’esquif qui ne veut pas rentrer, et le chant du ressac comme unique prière

l’arc jaune du phare se cogne au rideau d’éléments, confondus, éperdus, gouffre de tourmentes et sirènes déchues

elle s’avance à nouveau et les flots égoïstes se jouent de sa personne, bouclier de chair, récif de vivant, elle laisse ce grouillement lui mordre les entrailles

sur la grève

comme des cercles d’étoiles, cadeau de l’océan

la brume qui se lève
et l’horizon tout blanc

et puis un matin, une autre version du texte déposée dans la boite à commentaires, même trame mais les mots s'échappent et nous emmènent ailleurs
merci Merbel pour cette sensuelle variation

 

Rêve fluide

Dans son rêve,
elle semble si frêle, cristal d’ombre, immobile,
avec au fond des yeux des élans affirmés d’étreintes aux mugissements martelés d’un océan de sueur
le dernier homme a saisi son corps, s’est porté vers la jetée comme essoufflé,
elle a vu ces hommes titubants déposer leur lactance sur ses quais transpirant d’embruns et de vent et se fondre aux brumes assoiffées du roulis de l’ivresse
elle s’avance vers cette lame rigide et mouvante ne relève pas sa robe que l’écume acharnée vient lui souiller en flocons de bave et gifles salées,
elle tend le bras, voudrait saisir ces confins d’horizon pour y cueillir l’esquif qui ne veut pas rentrer, et le chant du ressac comme unique prière
la colonne flamboyante du phare se cogne au rideau de ses éléments, confondus, éperdus, gouffre de tourmentes et extases déchues
elle s’avance à nouveau et les flots égoïstes se jouent de sa personne, bouclier de chair, récif de vivant, elle laisse ce grouillement lui mordre les entrailles
Dans son rêve
comme des cercles d’étoiles, cadeau de l’océan
la brume qui se lève
et le soleil miroitant

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16 juillet 2006 7 16 /07 /juillet /2006 09:42

la nuit, je le sais

ils murmurent

ils ne sont pas l’homme singé

apparat de comédie

miroir d’ornement

non,

ils ont fait la route avec moi

au fond de mon sac

et de mon cœur

ils vivent ici

dans mon antre

ils portent leurs histoires

les traces de mains

de ceux qui les conçurent

la nuit, je le sais

ils susurrent

dialecte du fond des jungles

incantations divinatoires

reflets chantants au marbre des canaux

mélopées douces au creux des temples

fragment d’être et de croire

parfois, je le sens

ils me sourient

ils ne sont pas stuc, bois poli, argile, pierre, métal

non

juste peau d’hommes

visages du monde

porteurs d’âme

la nuit, je le sais

ils m’appellent
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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 09:11

la ville suintait, des coulées de lumière ocre serpentaient sur les façades,  les pétunias, corolles flétries ne flirtaient plus avec les géraniums, un tapis prématuré de feuilles desséchées nappait les trottoirs ou tourbillonnait follement aux passages des véhicules

le temps paressait, des paquets de silhouettes silencieuses se dissolvaient mollement aux arcs des bâtis et toujours ces effluves d’égout et de pollen

je marchais, observateur et absent, je savais ce poids aux épaules et au ventre autre que celui de cette moiteur estivale

avais-je un but, un désir blotti au creux de mon errance ?

une mouette rieuse perchée sur le gris brûlant d’une gouttière me guettait, observatrice et absente, je la sentais complice presque compassionnelle, j’ai souri, j’ai chuchoté

aux pavés de la ruelle qui menait au parc, de gros scarabées bleus filaient aux entrelacs de pierre, de lourds papiers gras frissonnaient comme d’étranges draps au caniveau, un fruit éventré s’offrait, agonisant aux essaims affamés

je marchais sans même l’écho de mes pas, je sentais ce temps comme figé ne jamais desserrer son étreinte dansante, observateur et absent

j’ai trouvé un banc et m’y suis assis que pouvais-je faire d’autre ?

j’inventais une bruine, un crépuscule clairet, le jus éclaté d’une framboise aux hérissements papillaires, la marque d’un baiser en taches luisantes sur l’onde de chair

- fiches le camp, bonne à rien, tu nous fais honte

les stridences hystériques et possessives d’une mère par erreur, l’approbation béate et soumise d’un père par erreur, une petite fille sortie de derrière le bouquet de spirées et de tamaris est allée s’asseoir, visage baissé et poings serrés sur un autre banc

les ramures se refusaient à transmettre ce ressac d’affligeante violence, une libellule ou une fée a traversé mes yeux de son vol éthylique et s’est posée discrète face à l’enfant, observatrice et absente , complice presque compassionnelle

une mèche furibonde s’est collée à sa joue, engluée de sueur et de larmes et puis de refus et de promesses, celles enfantines à ne jamais être identique au géniteur

je me suis levé, me suis approché, me suis assis au bout du banc, au bout d’une vie, au bout de cette détresse que j’aurais voulu arracher aux épaules trop jeunes et fragiles de ce cocon si mal ouvert aux dérisions mauvaises des semblants d’hommes

moi aussi le sel sous les cils, libellule, mouette rieuse ou êtes-vous ?

des frissons de banquise comme oripeaux dermiques, j’ai senti l’aura de son regard me traverser, se poser, chercher mon âme, crier en souffles muets, croire encore, complice presque compassionnelle

une brise peureuse arrache la mèche au chagrin et à la peur et nous ôte à tous deux un peu de lourd et de subi, un crapaud brise en ondulations alanguies l’éclat lisse du lac

là, sur ce banc de silence, portés, transcendants aux spirales cramoisies

 nous deux, observateurs et absents
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9 juillet 2006 7 09 /07 /juillet /2006 16:08

je suis souvent surpris à la lecture de certains blogs, d’y déceler une idéologie de la liberté d’expression mais d’y voir « fleurir » parallèlement le logo du copyright et la publicité, pour je suppose avoir un signe de reconnaissance et de revenus face à ces créations

mais ne sommes-nous pas éphémères et notre besoin d’expression n’a-t-il d’autres raisons d’être que celles d’être vu et partagé ?

connais-t-on l’auteur des fresques khmers d’Angkor ou des figurines Massaï sorties de la glaise ? et puis que l’on soit Michel-Ange, Einstein, Luther King, Spielberg, Lautréamont ou un simple bloggeur anonyme, notre dessein n’est-il pas de servir l’humanité ? si modestement soit-il…

Malraux, Hossein, Savary voulaient faire descendre l’art dans la rue, gratuitement sans élitisme ni droit d’auteur, juste pour ouvrir ou garder un temps soit peu de conscience universelle…

c’est dans cet esprit de culture/ propriété de chacun que je fais le lien entre ces artistes de rues et notre écran d’ordinateur, puisse cette petite promenade vous surprendre et vous plaire

Du fond de cette caverne qui fascine, les artistes anonymes, effacés de Lascaux nous invitent à nous souvenir d’un temps ou les êtres humains ne se voulurent de supériorité que sur la mort.

G. Bataille 

Rien ne nous empêche de dire que, comparée à la réalité, l’apparence de l’art est illusoire ; mais l’on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l’apparence de l’art. Hegel

L'Art est long et le Temps est court. Baudelaire

L'oeuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret. Camus

L'art est toujours le résultat d'une contrainte.Croire qu'il sélève d'autant plus haut qu'il est plus libre, c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter, c'est la corde. Gide

Au fait, tout cela est inutile. La grande affaire est de vivre, de vivre par l'imagination et la poitrine, de savoir, de jouer. L'art est un jeu. Tant pis pour celui qui s'en fait un devoir. Max Jacob

toutes ces œuvres sont issues d’un lieu de liberté d’expression ou l’espace est à tout le monde et la créativité encore tolérée

merci à tous ces créateurs

(la Briqueterie / Amiens)

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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 12:43
dewplayer:http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/15/86/22/janis.mp3&

je la voyais dans la demi pénombre, son corps convulsé se tordre et ces plaintes longues et gutturales comme sorties du ventre de son âme parfois elle tâtonnait prenait le gobelet de plastique près d’elle et le trempait dans la casserole qui lui servait de fontaine et de crachoir, puis elle retombait lourdement, essayait de se couvrir en tirant les lambeaux de laine effilés qui lui servaient de couverture, c’était la nuit dehors toujours la nuit, le jour lui était un vague souvenir avant que les méandres bleutés de ses yeux n’éclatent en filets rougeoyants et n’aveuglent sa vue et son cœur, sur la planche posée sur deux briques et qui lui servait de bibliothèque je voyais les livres et les univers qui m’avaient fait me rapprocher d’elle, Ginsberg, Burroughs, Rimbaud, Watts, Gandhi, j’avance, je tâtonne, plus que deux piles, demain plus de musique, elle se crispe à nouveau, elle se cabre se tourne de moitié et sans même me deviner, elle vomit une bile cramoisie et cherche avec maladresse à ouvrir sa chemise comme pour happer le souffle nourricier qui la délivrera de cet asphyxie programmée, je rampe doucement, m’approche d’elle, attrape le petit magnéto et quelques cassettes et cherche sa main, dis tu m’entends, je suis là, je t’abandonne pas, tu m’entends ? à peine le ressac indigent d’une respiration en rade, je la voyais avant le venin, je la désirais, elle était lumière, plaisir, embruns de jouissance inondant mes errances, étoffe d’abandon au creux du vertige, plaisir encore, avant d’échouer aux abysses de ce squat comme cathédrale de souvenirs et prélude de linceul, je suis là, je te quitterai pas, un peu de bave moussante aux commissures des lèvres comme réponse ou sourire, avec peine je change la musique, tiens je te mets Janis je sais que tu l’aimes, tu lui ressembles tellement, j’ai froid dans ce corridor, ce putain de sas qui va te prendre je le sais et moi témoin amorphe et muet, je la voyais gravir ou descendre cet escalier de mort avec tous ces bouquets d’artifices perlés désormais comme horizon, je te vois encore nous battre avec la hargne du manque, piétiner tout l’amour, assoiffée de vide et de vite, je me penche vers toi, j’écarte le tissu, je veux ta peau même si elle ne frissonne plus, avec mon doigt je redessine tes aréoles, les imagine vibrantes et de soleil, j’y pose mes lèvres, tu bouges, tu as bougé, oui parle moi, ta bouche emmurée se tait juste un battement de paupières comme langage testamentaire, non me laisse pas, me laisse pas, j’ai senti ta main tenter l’ébauche d’une étreinte, d’un serment, j’ai senti aussi ce grand froid venir te prendre et m’arracher de moitié et là sur le plancher, cette seringue, cette cuillère, tes instruments de fuite…

musique : Janis Joplin / kozmic blues / in concert

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16 mai 2006 2 16 /05 /mai /2006 11:02

courses à faire

- chocolat

(mon antidépresseur)

- eau minérale

(c’est frais et ça lave l’intérieur)

- pommes

(et oui, on reste humain)

- carottes

(glacées au sucre, c’est super)

- parfum

(ça conformise et masque le dégoût et la révolte)

- détartrant

(faute de nettoyer la cuvette politique, je ferais celle de mes chiottes)

- pain

(rien que pour le plaisir du partage)

- menthe fraîche

(pour mon thé et mes souvenirs de sable)

- whisky

(pour les nuits de blues)

- fraises

(parce que c’est bon et j’adore la couleur)

- mouchoirs en papier

(pour les larmes crépusculaires)

- presse

(pour savoir ou en est la cuvette politique et ceux qui la lèchent)

- croquettes pour ma Virgule

(plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien)

- lait

(le dernier produit encore blanc)

- sauce de soja

(pour mes souvenirs de jungle et de pagodes)

- 1984 de Georges Orwell

(le relire encore)

- assouplissant

(molécules de douceur en flacon)

- lessive

(laver le linge sale, c’est toujours d’actualité)

- encre violette

(ma plume est vide parfois)

- boites haricots verts et petits pois

(pour les restos du cœur)

- nettoyant lunettes

(des fois j’y vois plus rien)

- dentifrice

(pour le sourire hypocrite)

- bouquet de fleurs

(caresses colorées et reflets sur la table)

- débouche siphon

(pas pour la cuvette politique, c’est bouché depuis longtemps mais pour la mienne au cas ou)

bon je suis sur que j’en ai oublié, allez en route vers l'enfer…

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voyages immobiles

pétrir les nuées,

ce jus d’humain

écarlate et bleu parfois

aux stries asséchées,

des paradoxes d’histoire

font les aubes béates,

se pencher au miroir tremblotant,

s’y voir et plonger la main

à tâtons y cueillir l’amour

city.jpg

viens,

il traine ici des relents de soufre,

ces nuits d’uniformes

de cagoules et de coups,

palper les vides,

filets d’égoïsme, d’ignorance,

gris et encore cramoisis,

villages bombardés,

vos crachats meurtriers font les différences,

aux arrières cours,

les limousines et costumes veillent,

cravates au fond des banques,

transis mais toujours à l’affut,

retrouver la rue,

le droit de dire, de se préserver…

 

viens,

on va se faire des baisers,

se toucher et frémir,

se plonger en iris,

dire caresses et mots,

faut surmonter comme excrément peut-être,

leur héritage,

leurs protocoles et tabous,

et si les gestes sont mêmes,

les échéances dévoreuses et lénifiantes,

ne laissent en germes

que déserts et murs,

sur la vitre,

méandres de pluie,

ta peau aux confins d’étoffe,

survivance éphémère et fragile,

faire avec l’instant…

thailande.jpg

viens

ne pas se perdre au fond des jungles,

aux chauds effrois du désert,

aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,

chercher le parasite au tréfonds du poil,

ces sourires édentés,

de sagesse, d’aride et de moussons,

les peaux se touchent, se mêlent,

engluées,

débris de marécages, forêts tatouées au bitume,

filets qui suintent, dépouillés de frémissements,

glaces orphelines et mourantes,

on tend même plus la main

pour dire au secours, pour connaître l’autre,

des bruits de sirène et de moteurs,

si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,

et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,

sagesse.jpg

viens

traversons ensemble

la courbe de brume et ces vagues d’illusions,

dans leur coupe, le sang du sacrifice

tout comme la bombe dans l’autobus,

l’âme a perdu son âme,

à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,

englués de certitudes,

croix, croissant, étoile,

la mitraillette aux portes du temple,

et des voiles de drapeaux et d’armures,

derniers battements de cœur,

mais restent les légiférants,

et nous courbés, boucliers d’égoïsme,

muets et tremblotants,

voila quelquefois des mains qui se serrent,

les bouches fumantes des sillons chuchotent,

aux reflets aveugles des cités,

je suis à genou ?

peut-être avec toi,

juste au nom de l’humain…

auroville.jpg

...

Dans L'armoire

une présence

...un peu de douceur,
dans un monde de brutes...