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diaphane express

13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 21:31

quelque part en Bretagne

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 15:14

il est des villes
aux âmes chargées d’humains et d’histoires
aux porches de pénombres ou les mains tâtonnent et s’étreignent,

les pavés emportent le pas des êtres et leurs traces sur la pierre,
des larmes en dentelles, du granit à l’étoffe, au clapotis du canal,
reflets d’épées et puis derrière les murs, des yeux de pinceaux  habillent les édifices,
une ville valise qui porte et se nourrit de ces noirs clochers, urbain veiné de bleus,
battements de messages à ceux qui veulent y voir,
Brugge, lumière des Flandres,
les toiles frémissent aux regards qui se posent et les voûtes s’abreuvent de nos émerveillements, anonymes caresses au noir des hôtels,
ici tout appelle à l’amour,
une mouette s’est posée qui scrute la cité, et nous voit si petit aux normes édictées,
allez, juste un petit voyage ensemble, nos pas et nos yeux confondus,
et la ville qui s’offre,
on y va…
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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 13:01









avance, vois cette terre d’odeur, capricieuse et sereine
elle se joue de toi
avance, sent comme elle te mange, les chevilles et l’âme,
l’humus,
en tapis d’existences oubliées
le foyer et son essence âcre de tourbe
elle essuie en silence le comptoir
tandis qu’une voix s’élève d’une banquette usée
son pote édenté laisse des serpents d’harmonica
pour flirter avec le timbre rauque
qui fait se taire même les plus remuants
comme un dernier souffle
ce chant testamentaire du tréfonds des révoltes
avance, vois ce ciel comédien qui fait l’horizon crâneuse
aux sentes traversées de troupeaux
avance, plisse les yeux aux éclats
des veines argentées vomies de la montagne,
le ciel,
en pénombres languissantes se couche sur la roche
les ocres crépusculaires tapis au fond de la chope
et des rides hilares qui dessinent d’autres monts
là, les brumes de la côte
et leurs chimères toutes accoudées au bar
avance vers l’ailleurs et laisse-toi disparaître
tous ces regards de nuit vont t’aider à renaître
une croix sur la plaine, tatouage de pierre
nimbée d’accords d’une harpe solitaire
abandonne aux presque morts
ces luttes ancestrales tapissées de sang
et d’étreintes fraternelles
l’épée et le fusil fondus au fond de l’âtre
la grève balayée d’embruns folkloriques
cette rousseur hérissée si tendre et sauvage
la terre,
en gardienne précieuse et impudique
et des vagues tueuses qui s’ébrouent et martèlent
qui façonnent le courage et puis aussi la peine
ce trèfle conquérant, porteur de mémoire
avance, regarde ces ruines ancestrales
peut-être portent-elles nos futurs stigmates
on façonne, on détruit et la glaise
silencieuse et témoin, recueille et panse nos plaies
sur l’aride ou le marécage
une cornemuse égarée égrène le fil du temps
avance vers l’ailleurs et laisse-toi disparaître
tous ces regards de nuit vont t’aider à renaître…


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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 22:20

nous progressions depuis deux jours déjà, le petits groupe serpentait au travers les sentes tentaculaires qui nous absorbaient et semblaient ne faire de nous que de minuscules parasites
la jungle suintait comme nos peaux sous l'étoffe collante, ne pas faiblir, continuer de marcher jusqu'au prochain village
de la forêt dense soudain nous débouchions sur un plateau arraché à la végétation, lisière de boue ou quelques femmes, sarong relevé au genoux repiquaient le riz
un semblant d'air dans cette moiteur à plus de quarante degrés et soixante dix pour cent d'humidité
notre périple nous faisait longer la frontière birmane pour arriver à la pointe nord de la Thaïlande communément appelé triangle d'or et pour ce trek de sueur et de beauté nous avions deux guides : Cham et Nong
pourquoi ce regard croisé, cette complicité dans la différence, Nong et moi, pourquoi cette main tendue alors qu'à bout de souffle, j'atteignais enfin le faîte de l'obstacle sous la puissance salvatrice de Nong
des saillies stratifiées, sculptées au flanc de la jungle, gorgées de vert clair ondoyant et puis l'opacité d'enlacements végétals percée de veines bleues fumantes
séparées de quelques heures de marche, des ethnies, des cultures, des croyances différentes et la moiteur oppressante d'une nature dominatrice et presque vierge
ce soir là, ma couverture à peine sèche, la terre m'était douce derrière ce rideau d'osier, sculpté de bambous et le coassement incessant des crapauds comme berceuse nocturne
Cham avait pris sa guitare au jour couchant, nous bivouaquions, fatigue, mékong (whisky local), harassés et les yeux emplis d'émerveillement, le charme s'étirait au ronronnement nourricier du fleuve et de ses eaux lourdes, cuivrées comme la terre, argile en suspens
- tu vois, je viens de l'autre coté de la frontière, je suis karen, je n'ai pas de pays,
alors que nous étions enfants de cette terre birmane, nous devons subir, nous battre pour nous défendre, nous réfugier, d'ailleurs vous dites Myanmar depuis que Than Shwe vous l'a ordonné
l'éclatement sourd des mortiers se renvoie au travers les arbres
j'ai dormi, le groin humide d'un petit porcelet noir comme cette nuit m'a réveillé plusieurs fois, un nouveau copain
des demi tiges comme office de gouttières amènent en rigoles un mince filet d'eau transparente, illusion de frais en cette aube de brume déjà lourde, marcher, cet édredon de formes enchevêtrées et ces gorges ruisselantes arrachées à la glaise, la main courante chancelle et le tronc est humide, dessous le bouillonnement tiède d'une rivière bondissante, peureux et enivrés nous continuons d'avancer, l'autre coté est tout près, enfin le bout de ce pont qui tremble comme ma peur,
ce soir nous ne serons ni chez les Yao, les Lahu ou les Akha, non, nous serons chez Cham et Nong, quelques réfugiés installés là au plus profond de l'anonyme, tribu d'exilés, courageuse et anxieuse, la boue, la jungle ils connaissent mais ils vivaient paisibles avant d'être reniés
Nong aidé de son apprenti guide fait rouler les légumes et le riz au creux du wok et au fond de la marmite, l'eau frissonnante de la rivière bien que pure ne nettoie pas mais englue, épaissit la peau et le cheveu, puisse le maillot être sec demain matin
- tu vois, je viens du nord est de la Birmanie , depuis plus de quarante ans ils veulent nous éradiquer, en 90 ils ont fait des élections et comme ils avait perdu, la junte a annulé le vote et vous comme tous les autres n'avaient rien dit !
ses lianes d'encre qui lui glissent sur l'épaule et le muscle tendu et mes yeux baissés aux gouffres des siens, soudain porteur des horreurs et des erreurs de l'Occident, mais qui sommes-nous donc moralisateurs et aveugles quand nécessité ?

j'ai dormi encore cette nuit là aux vapeurs d'alcool de riz et de canabis, porté dans ma découverte par les voix de Cham et Nong et cette étrange sauterelle démesurée, posée sur une boite de coca qui nous paralyse et les fait se marrer
ce matin là, c'était le fleuve, unique énergie, porteuse et tourmentée, capricieuse mais reconnaissante, le quart de thé brûlant entre les mains, les flots arrogants sous les yeux, et quelques litchis comme croissant
le raft est tout de bambous, un mètre cinquante de large et cinq de long, on navigue à la perche et Nong se place devant, le courant est maître, un serpent alangui pendu à une branche observe immobile notre fébrilité, le tourment nous fait vaciller et soudain la chute
le tourbillon m'étouffe, je replis mes jambes et me laisse emporter, surtout ne pas heurter ces rochers orgueilleux qui défient le torrent et font les membres comme du cristal, j'émerge, mes poumons se soûle d'oxygène, le radeau virevolte, je m'y agrippe et la voix de Nong plus loin dans l'onde défaite
les enfants nous accueillent sur ce chemin de terre, j'évite une scolopendre torturée au fond d'une flaque verdâtre, jamais bienvenue aussi sincère, assis au fond de la case, le dessin, les gestes et les mimes comme unique langage, moi le farang (étranger) encore plus enfant que ceux  curieux et sereins qui m'entourent
- tu vois mon pays s'appelle Kawthoolei mais qui le sait ? Il y avait une voix dans ce pays pour dire et crier, contre l'armée et l'étouffement, juste une autre idée, la démocratie comme vous dites, elle s'appelle Aung San Suu Kyi, vous lui avez même donné le prix Nobel de la paix, elle est toujours enfermée, et vouée à l'oubli
l'éclatement sourd des mortiers se renvoie au travers les arbres
bien sur j'ai dormi, fatigué et repu d'images et de mots avec comme dernière vision celle de Cham et Nong chahutant avec les enfants au fond de cette nuit ouverte
Nong ne m'aide plus, je suis dans ses pas désormais, baragouine quelques mots qui le font sourire et chante sa chanson préférée, nous savons cette escale furtive mais inoubliable
et voilà que débouchent, là, sur la crête émoussée de la dernière colline, ce triangle d'histoire si nimbé de beauté et trois frontières invisibles que viennent trancher rivière et fleuve
- tu vois, en face c'est mon pays, la rivière Mae Sai le sépare d'ici et en s'offrant au Mékong va longer le Laos
ils se sont regardés, je les ai vu, fiers,
fuir pour survivre et abandonner de l'autre coté, l'autre bout de sa chair en refusant le sang, le combat est perdu et la multi nationale qui abreuve le régime rend la lutte vaine et condamnée à l'échec
plus tard, j'ai repris mon passeport, et dans une timide étreinte, j'ai dit au revoir à Nong et Cham, mes deux guides...

plus sur les Karens 

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 16:13

oui j'imagine, cette lueur vacillante qui fait se tordre les cuivres dans de furtifs embrasements mordorés, les yeux de l'enfant perçoivent et intègrent l'espace, l'atelier de chaudronnerie recèle de mille courbes et énigmes, serpentins de métal qui viendront terminer l'alambic
comme la spirale anthracite de l'escargot, comme le cercle tremblant à l'onde figée du lac, ce liseron colon ou ces pépins épars
ces formes, ces couleurs
Antoni n'était pas brillant à l'école, il préférait dessiner et observer les gestes de son père et puis Antoni n'avait pas de chance, sa grande soeur était fragile et deux de ses frères étaient morts, ils n'étaient plus que trois pour ne devenir plus qu'un
élève laborieux avec la complicité de deux amis d'internat, ils entreprirent de reprendre les plans d'un monastère abandonné du XIIème siècle, il avait dix sept ans
romantique, éclairé déjà de cette logique et du talent novateur qui l'habite

oui j'imagine, ce désir grandissant qui fait le jour venir de quitter sa terre d'éveil, terre de vignes, de cyprès, d'usines à briques ou de tissus, et soudain ces dédales de ruelles sales, de gens agglutinés et bruyants, linges pendants aux grilles des balcons, misères et cérémonial urbain
Antoni commence ses études d'architecte à vingt et un ans tout en travaillant comme dessinateur dans un atelier et puis ce maudit été 1876, son frère puis sa mère et trois ans plus tard sa soeur lui laissant du coup une petite nièce s'en iront de ce monde
l'Europe tremble, cette fin de siècle marque l'avènement de la science et le dénie de la religion.  Lamartine n'avait-il pas écrit, prémices à ce mouvement : « l'utopie est la réalité anticipée ».
c'est à ce moment là que l'idée d'un prêtre Josep Manyanet aidé de l'appui d'un promoteur Josep Bocabella prit forme avec l'appui d'une population pauvre mais animée d'espoir, construire une cathédrale universelle au nom de la sainte famille

oui j'imagine, les commandes affluaient, de riches industriels barcelonais avaient remarqué le talent de l'architecte, Antoni commença par la création de maisons ouvrières pour un riche industriel mais son projet ne pût aboutir, on ne loge pas un tâcheron dans une maison cossue, puis ce furent des demeures de riches bourgeois de la ville et de quelques édifices religieux
Antoni avait suivi les courants anarchistes de 1900 puis opté pour une libre pensée loin des doctrines et mensonges politiciens, fragile de santé, bourru dans ces gestes il était remarquable orateur lorsque sa passion l'animait, il tomba amoureux de la belle Josepha, fille de son premier client mais celle-ci bien qu'appréciant son érudition et son audace le refusa pour son coté rustre et trop sincère peut-être
mais le message de l'homme était autre

à coups de crayons, de mortier et de pierres il façonnait son imaginaire, matérialisait ces visions nocturnes et esquissées sur papier et cette folie humble, impensable aux biens pensants
maisons d'elfes, dragons et gargouilles de serpent, et puis l'épuration des formes, courbes originelles, spirales encore, calice de couleurs, cheminées clown
le 3 novembre 1883, reprenant l'embryon du projet de Bocabella, Antoni s'engage alors dans ce qui, comme transcendé, motivera son oeuvre, créer et bâtir le temple de la Sagrada Familia


oui j'imagine, les echecs aussi, l'un des projets d'Antoni était la création d'un parc habité ou la nature aurait fait corps à l'urbain dans une harmonie paysagère et construite, il n'y eu que trois maisons, celle de son client, de l'avocat du client et la sienne, personne n'y vînt
combien furent-ils d'architectes, d'hommes d'état, d'artistes à dénigrer ce jaillissement d'inventions et d'audace, visionnaire, fou, le temps a transformé ce rejet en contemplation et l'ignorance en admiration
en octobre 1906 le père d'Antoni disparaît, celui-ci s'enferme doucement dans un mutisme observateur et reculé, l'oeuvre telle une toile en rosace se tisse patiemment, l'édifice est vivant, les travaux balbutient  et le souffle de cette utopie n'est financé que par les pauvres de la ville et quelques rares cabots endimanchés, il en est toujours ainsi les pauvres étant désormais touristes
Antoni va honorer encore quelques commandes mais le temps, les nuits, cette humilité attentive vont l'amener à n'être plus que foi et bâtisseur
 
non je n'imaginais pas au travers ces couloirs inclinés, ces plafonds en vague, ces fenêtres de poupées, ces toitures de dinosaures sentir une telle sérénité, comme transporté hors du temps et des normes, des acquis régressants, des lignes droites imposées

non je n'imaginais pas, les yeux levés vers l'ailleurs, cette joie transcendante, là, muet, cette nef béante, colonnes tubulaires comme poumons, échos de marteaux et de scie sous un transept écorché, je suis petit, je suis universel, je touche la pierre
je suis dans le ventre du temple, je me sens être, l'utopie nourricière, agnostique ou porté de foi, soudain humain

dans cette après-midi du 7 juin 1926, personne ne reconnût l'homme renversé par un tramway et que la vétusté des vêtements envoya à l'hôpital des pauvres, dans ses poches, des graines de tournesol, une bible et le dessin d'une façade du temple, celle de la passion
Antoni Gaudi mourut le 10 juin et sa tombe est dans la crypte de la Sagrada Familia , son oeuvre ultime, universelle

plus sur l'homme et son oeuvre : Gaudi

-----

alors si le survol de la vie de Gaudi vous a plu, venez, entrez dans le ventre de l'édifice,
la Sagrada Familia , oeuvre universelle et intemporelle
venez voir bâtir un temple...

 
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26 mai 2006 5 26 /05 /mai /2006 15:00

et si on prenait le temps

toi et moi

viens, n’aies pas peur

laisses toi emporter

le voyage est si cours

et le temps si fragile

tu reviendras ?

 

musique : Bïa / J. Duino

filmé et monté en août 2002

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9 février 2006 4 09 /02 /février /2006 16:32

les sophoras dansaient sur l’onde frissonnante du fleuve

la moiteur faisait luire les peaux

et les guirlandes colorées des échoppes nocturnes

donnaient aux visages des reflets nacrés

sur le banc, je restais muet à contempler les grands stupas

posés sur les flancs oppressés de verdure des collines environnantes

c’est sur, Bouddha avait posé un doigt sur moi en cet instant de plénitude et de détachement

- tu veux un massage ?

elle était là, furtive dans l’ombre, agenouillée près du banc,

féline et sensuelle

ses cheveux d’encre comme des lianes inondant ses épaules

devant mon silence, elle vint s’asseoir près de moi

et sans mot dire glissa sa main en la mienne

deux enfants, deux cultures, deux solitudes

- tu es « farang » (1), n’est-ce pas et moi je suis Karen, je viens de la frontière birmane, je me suis sauvée quand mon père a voulu me vendre, je ne veux pas finir dans un go-go bar sous les yeux malsains de quelques américains ou allemands gorgés de whisky

je la regardais, ému, troublé,

elle paraissait si fragile et pourtant si forte de tant de souffrances et de pauvreté,

fuir la guérilla, fuir le marché des corps, fuir les heures infinies, dos courbé engluée de boue à repiquer le riz ou porter le bois

- viens !

je la suivis sans question, sans curiosité comme confiant

près du marché nous avons mangé un peu de riz gluant et quelques poissons séchés

de ce fourmillement nocturne s’échappaient des effluves d’épices et d’encens

mais pourquoi ces regards froissés à son encontre ?

j’ai repris mon sac à l’auberge et je me suis laissé entraîné

un touk-touk (2) nous a emmené à la périphérie de la ville loin du bruit et du béton

là ou l’eau remplace la route, ou le bambou et l’osier font office d’habitat

là ou la misère s’étend et prolifère

- je m’appelle Sao

elle semblait flotter, elle sautait de ponts en passerelles alors que j’essayais en vain de traverser ces obstacles liquides avec la peur au ventre de tomber dans cette eau croupissante et nauséabonde

la nuit était trouée de halots troubles dégagés par les bougies ou lampes à pétrole, et ce dédale de planches branlantes nous amène enfin chez elle

trois mètres carrés, sur des pilotis vacillants, les murs en osier tressé fins comme des parchemins et le coassement incessant des crapauds

elle s’est agenouillée, m’a offert l’unique couverture qu’elle avait et là jusqu’aux prémices de cette aube mordorée nous avons parlé, chuchoté, rêvé

l’échancrure de sa chemise laissait deviner la courbe brune de ses seins et une de ses jambes dépassait de son sarong tout de couleurs

oui elle était belle avec au fond des yeux cette tristesse fataliste de ceux qui ont vu et subi tant de combats

Sao, j’ai partagé quelques jours dans ce cloaque de misère et pourtant si plein d’enseignements, de leçons de vie, j’ai croqué la mangue au petit matin, t’ai vu te laver dans cette eau trouble et soigner ta peau de cette poudre blanche sensée te guérir, je t’ai vu m’offrir tout, c’était rien, tu n’avais rien, tes robes accrochées dans cette case aux relents de marécages et d’encens, les voisins aux yeux plein de gentillesse et de reconnaissance m’offrir une écrevisse vivante dont je ne savais quoi faire, un étranger sans appareil photo, juste un carnet et un magnéto

souvent quand la chaleur commençait à s’étirer nous buvions un thé en croquant d’étranges galettes brunes

le matin et le soir aussi, tu t’agenouillais derrière moi et me peignais les cheveux longuement

aucune femme ne me l’avait fait

mais pourquoi ces regards froissés à son encontre ?

un soir, une vieille toute de cuivre ridée aux stries épidermiques de sourires innées m’a bradé un dragon de cordes enchevêtrées et rigides

je t’ai regardé, j’ai dit je vais l’appeler Sao, comme toi, doux et fragile mais avec tant de défenses, de crocs hérissés  et de frissons tendus

oui tu étais deux

mon désir de te regarder, mon admiration platonique étaient tellement au-delà

ce soir là est venu, il fallait que je reparte, la dernière nuit à l’hôtel, me laver ôter de ma peau cette poisseur surannée

- viens

l’eau crépite derrière le rideau de plastique et c’est elle qui a peur, qui lâche ma main, il n’est plus le ronronnement raisonnant des crapauds, nous deux assis à contempler les ombres tremblantes de la foret sur l’onde glauque et figée

et puis le temps du désir

la découverte, le refus volontaire et partagé

toi, douce, tendre et attentive, c’est ton mélange d’homme et de femme qui te rend si parfaite qui me fait n’avoir jamais été aussi bien

on se regarde, on se sourit, on s’embrasse toute la beauté impossible de nous deux aux abysses de nos yeux

tu m’as brossé les cheveux ce dernier matin, tu as même voulu porter mon sac,

les vitres du train ont pleuré, elles sont toutes marbrées, une dernière fois qui défile, la jungle, les rizières, ces maisons de paille qui surplombent ces grands miroirs d’eau

je serre mon dragon de laine, je t’emmène Sao, on ne meurt pas chez toi on se réincarne, je te retrouverai

j’ai effacé de l’histoire mes flashes de mékong (3) et tes tubes de colle éventrées, j’ai enlevé mes tremblements et tes poumons qui saignent, j’ai gardé le goût des ananas et de tes lèvres, de ta main dans mes cheveux et la mienne aux vagues de tes hanches

le fleuve continuera de couler sous les sophoras

et l’image d’un banc sur la berge qui ondule

porte le souvenir, le temps et des pétales de cœur… 

 

(1)   français

(2)   tricycle motorisé faisant office de taxi

(3)   whisky local

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voyages immobiles

pétrir les nuées,

ce jus d’humain

écarlate et bleu parfois

aux stries asséchées,

des paradoxes d’histoire

font les aubes béates,

se pencher au miroir tremblotant,

s’y voir et plonger la main

à tâtons y cueillir l’amour

city.jpg

viens,

il traine ici des relents de soufre,

ces nuits d’uniformes

de cagoules et de coups,

palper les vides,

filets d’égoïsme, d’ignorance,

gris et encore cramoisis,

villages bombardés,

vos crachats meurtriers font les différences,

aux arrières cours,

les limousines et costumes veillent,

cravates au fond des banques,

transis mais toujours à l’affut,

retrouver la rue,

le droit de dire, de se préserver…

 

viens,

on va se faire des baisers,

se toucher et frémir,

se plonger en iris,

dire caresses et mots,

faut surmonter comme excrément peut-être,

leur héritage,

leurs protocoles et tabous,

et si les gestes sont mêmes,

les échéances dévoreuses et lénifiantes,

ne laissent en germes

que déserts et murs,

sur la vitre,

méandres de pluie,

ta peau aux confins d’étoffe,

survivance éphémère et fragile,

faire avec l’instant…

thailande.jpg

viens

ne pas se perdre au fond des jungles,

aux chauds effrois du désert,

aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,

chercher le parasite au tréfonds du poil,

ces sourires édentés,

de sagesse, d’aride et de moussons,

les peaux se touchent, se mêlent,

engluées,

débris de marécages, forêts tatouées au bitume,

filets qui suintent, dépouillés de frémissements,

glaces orphelines et mourantes,

on tend même plus la main

pour dire au secours, pour connaître l’autre,

des bruits de sirène et de moteurs,

si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,

et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,

sagesse.jpg

viens

traversons ensemble

la courbe de brume et ces vagues d’illusions,

dans leur coupe, le sang du sacrifice

tout comme la bombe dans l’autobus,

l’âme a perdu son âme,

à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,

englués de certitudes,

croix, croissant, étoile,

la mitraillette aux portes du temple,

et des voiles de drapeaux et d’armures,

derniers battements de cœur,

mais restent les légiférants,

et nous courbés, boucliers d’égoïsme,

muets et tremblotants,

voila quelquefois des mains qui se serrent,

les bouches fumantes des sillons chuchotent,

aux reflets aveugles des cités,

je suis à genou ?

peut-être avec toi,

juste au nom de l’humain…

auroville.jpg

...

Dans L'armoire

une présence

...un peu de douceur,
dans un monde de brutes...