Ecriture, poésie, politique

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fragments

 

elle referme doucement l’album de photos, après tout elle est toute seule et peut laisser couler ses larmes, son époux, ses enfants, le temps qui défile insolent et sournois, ils sont grands maintenant, ta société d’amour au bout du pavé est devenue le système du chacun pour soi, l’individualisme en exergue, le thé est froid et trop tôt pour le porto alors il faut y aller, dompter la honte, piétiner une vie, faire abstraction des progénitures suceuses devenues amnésiques, sur le trottoir des frissons de vide, faut continuer de vivre, elle sert son sac de cuir lépreux, comme une main désirée et si absente,

- bonjour madame, elle tend sa vie au bout de ce maigre dossier et d’une main d’écorce qui tremble, attend le verdict, ce sera deux paquets de nouilles, une boite d’haricots verts, un tube de dentifrice et des yaourts, au détour de la rue, elle entend en écho l’éloge tardif et suranné d’un fond de radio débitant l’action des bénévoles et des associations,

 

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des gerbes d’argiles l’ont recouvert ce jour là, il a hurlé au fond de son lit de boue et en serrant sa main à poser un baiser souillé sur l’anneau, il y en avait qui gueulaient : - j’veux pas crever ! et c’est là qu’il s’est mis à courir, boire et laver ce bouillonnement de sang au poignet, dans le regard de l’enfant la compassion et l’horreur, elle qui lave ces béances cramoisies, et lui sourit, petit soldat, la bague est là au fond du coffret, les années font briller l’éclat de l’illusoire, elle a refusé au lierre le droit de ronger le marbre de son homme, à son doigt le cercle gravé de nos intérims et sa dernière richesse,

- bonjour madame, elle tend sa vie au bout de ce bijou survivant, verra-t-elle que le métal respire et porte le sang et les âmes de nos mémoires ? sur la pierre austère et le narcissisme architectural au service du pouvoir, elle lit : « crédit municipal », ne plus dire « mont-de-piété », le mot est trop fort et l’objet même d’or et de sueurs n’a plus de valeur, elle plie doucement ces deux billets d’insulte, l’air froid des artères bruyantes de la ville effacera ses larmes,

 

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- mais qu’est-ce que je fais là, j’en peux plus, ils tournent autour de moi, ont voulu me violer, j’l’ai dit, gueulé aux matons, m’ont même vu pleurer, j’ai fais le con, d’accord, alors j’ai plus le droit à l’espoir, la reconstruction, mon délit vous sert si minime soit-il au vu de vos sombres transactions, sanglantes poignées de main, j’en peux plus derrière ces murs et ces abrutis absous d’intelligence, et ce sont vos codes et paravent, votre justice, ministres de strass et pacotilles qui envoient à vos murs bavant de pourriture des âmes ébranlées à vos legs, …,

j’vous baise la gueule, vos foyers, vos couloirs de papier, ils vont sortir ces deux bourreaux de cellule, j’aurai quinze minutes pour le drap, le radiateur et la liberté même si c’est pas la votre,

- bonjour madame, il tend sa vie au bout de l’étoffe déchirée, parle seul à ses brumes et la silhouette faucheuse, maîtresse dévoreuse et obligée, d’autres vierges refuges, s’il vous plait emmenez-moi, rien ne peut être pire, le nœud serré au robinet, le dernier souffle, je ne vous hais même pas,

 

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plus loin derrière le mur de verre qui empêche la stridence des réacteurs et les effluves lourdes de kérosène, ses mains liées, respiration avide derrière son masque de laine, ils le poussent, le tirent sous l’œil choqué de voyageurs en transit, tellement d’ombres et de fuites et puis d’heures d’attente, de frissons de froid et de peur, raté, case départ, l’humanisme, l’ambition, non, l’espoir de survie, piétiné, ignoré même, le cri se meurt au fond du couloir, les yeux se vident d’éclat, il est aux aguets et se doit de se taire, il l’appelait madame, il savait qu’il la retrouverait, de faim ou de jugement guirlande, condamné d’office avec pour seul délit d’être parti, de croire en l’homme et d’autres horizons, loin des couleurs et dogmes, il lui disait : - tu seras gentille, prends-moi vite, les sentiers de boue qui veinent, ce tissu de tôles, de canaux vomissants et cette chaleur de roche ne seront plus miens, le regard vide des geôliers, poignés derrière le dos, ligotées d’acier,

- bonjour madame, il tend sa désolation, les doigts tremblent, il sait tellement la moiteur du mal-être, retour à l’enfer sous l’œil inquisiteur de ceux qui ont toujours suivi le pouvoir même sous l’occupant, amnésiques et démunis de cœur, il sait la douleur continuer encore comme l’envie de fuir,

 

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ce soir c’est l’année qui meurt, dans ce métro désert de sueurs moites et d’effluves de parfums éventrés, d’huiles brulées, il s’étire, il ne sait l’heure fatidique de l’année nouvelle, une bande certainement liée d’amitié braille et titube se raccrochant aux carreaux froids et sales du tunnel, une seule l’a vu, même un drôle de regard, comme elle était belle, il rêve et sa main caresse et tâtonne un vide, humble désir et silence convenu, l’écho de la rue et l’afflux soudain de demi errants le font se plier, vouloir se faire ombre, il tousse et crache discrètement derrière le mur encore un, son bouclier de carton lui fait honte, toutes façons trop tard, le froid n’ankylose pas que les membres, voilà qu’on le piétine,

- bonjour madame, je suis le plus rien, si souvent invisible, il ne tend rien, reste figé tout courbé, au bout des doigts une vie qui chancelle, une barbe qui gratte avant les flammes, y’a quelqu’un ? si seul à ne même plus en crever, vous avez encore des paillettes dans les cheveux, je sens mauvais,

 

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- tu sais, j’ai juste allumé la lumière, simplement regarder avec les yeux de la liberté, égalité et fraternité, aux bords des fleuves des ombres inanimées ballotées aux flux des fiertés,

Pa, Ma, je vous aime, vous êtes trop loin… ……….

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C
si touchant , si révoltant , si juste  ton propos  !  comme un flash sur une actualité  désespérante  ,une société    en perditon qui exclue ,une minorité qui  se gave  et une  majorité qui crève , encore plus intolérable    à la veille de la soi disante trêve de Noël  et  un titre coup de poing  qui résume l'essentiel  fragment :  brisures ,  éclats   ,  tessons  de vie qui entaillent  et donnent  le frisson  !bises chrystelyne
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D
<br /> oui c'est tout ce que tu écris là, et nous derrière les murs à l'abri du froid, nous n'avons pas à être coupable mais tellement utopique de se croire égaux, les urnes sont chimères et les larmes<br /> déjà sèches, heureusement encore des yeux et des coeurs,<br /> merci pour ça, bises Chrystelyne<br /> <br /> <br />
L
Un texte bien émouvant pour commencer l'année, il est difficile le chemin de la vie...Bonne année Daniel, qu'elle te soit pleine de jolies rencontres amicales et te garde en pleine forme.Bises amicales de la ch'tite du pas de calais.
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D
<br /> tu sais Edith, on se dit le nouvel an, c'est l'occasion d'un renouveau, d'une nouvelle intelligence humaine et le bouton du 20h nous montre une nouvelle guerre et oui on fait parti de cette espèce<br /> tellement loin de l'intelligence animale - bisous et plein de bonnes choses à toi pour 2009<br /> <br /> <br />
Z
Contente de te retrouver avec ces pages de "vie", enfin, de vies, mais quelles vies ? Vies gâchées, vies broyées, vies défendues coûte que coûte, vies où la flamme de l'espoir se heurte sans cesse aux rafales du désespoir. Liberté de quoi ? Egalité pour qui ? Fraternité de qui ? Bonne année... quand même, Daniel. 
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D
<br /> "la flamme de l'espoir qui se heurte aux rafales du desespoir" oui c'est cela zebu et je ne peux m'y résoudre - je n'e suis d'aucun parti, ni dieu, ni maître, juste celui du coeur et je souffre de<br /> ce monde de violence et de morts, j'ai deux enfants, je ne voulais pas ça pour eux, allez bonne année à toi, à nous humains...<br /> <br /> <br />