Ecriture, poésie, politique

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observateur et absent

la ville suintait, des coulées de lumière ocre serpentaient sur les façades,  les pétunias, corolles flétries ne flirtaient plus avec les géraniums, un tapis prématuré de feuilles desséchées nappait les trottoirs ou tourbillonnait follement aux passages des véhicules

le temps paressait, des paquets de silhouettes silencieuses se dissolvaient mollement aux arcs des bâtis et toujours ces effluves d’égout et de pollen

je marchais, observateur et absent, je savais ce poids aux épaules et au ventre autre que celui de cette moiteur estivale

avais-je un but, un désir blotti au creux de mon errance ?

une mouette rieuse perchée sur le gris brûlant d’une gouttière me guettait, observatrice et absente, je la sentais complice presque compassionnelle, j’ai souri, j’ai chuchoté

aux pavés de la ruelle qui menait au parc, de gros scarabées bleus filaient aux entrelacs de pierre, de lourds papiers gras frissonnaient comme d’étranges draps au caniveau, un fruit éventré s’offrait, agonisant aux essaims affamés

je marchais sans même l’écho de mes pas, je sentais ce temps comme figé ne jamais desserrer son étreinte dansante, observateur et absent

j’ai trouvé un banc et m’y suis assis que pouvais-je faire d’autre ?

j’inventais une bruine, un crépuscule clairet, le jus éclaté d’une framboise aux hérissements papillaires, la marque d’un baiser en taches luisantes sur l’onde de chair

- fiches le camp, bonne à rien, tu nous fais honte

les stridences hystériques et possessives d’une mère par erreur, l’approbation béate et soumise d’un père par erreur, une petite fille sortie de derrière le bouquet de spirées et de tamaris est allée s’asseoir, visage baissé et poings serrés sur un autre banc

les ramures se refusaient à transmettre ce ressac d’affligeante violence, une libellule ou une fée a traversé mes yeux de son vol éthylique et s’est posée discrète face à l’enfant, observatrice et absente , complice presque compassionnelle

une mèche furibonde s’est collée à sa joue, engluée de sueur et de larmes et puis de refus et de promesses, celles enfantines à ne jamais être identique au géniteur

je me suis levé, me suis approché, me suis assis au bout du banc, au bout d’une vie, au bout de cette détresse que j’aurais voulu arracher aux épaules trop jeunes et fragiles de ce cocon si mal ouvert aux dérisions mauvaises des semblants d’hommes

moi aussi le sel sous les cils, libellule, mouette rieuse ou êtes-vous ?

des frissons de banquise comme oripeaux dermiques, j’ai senti l’aura de son regard me traverser, se poser, chercher mon âme, crier en souffles muets, croire encore, complice presque compassionnelle

une brise peureuse arrache la mèche au chagrin et à la peur et nous ôte à tous deux un peu de lourd et de subi, un crapaud brise en ondulations alanguies l’éclat lisse du lac

là, sur ce banc de silence, portés, transcendants aux spirales cramoisies

 nous deux, observateurs et absents
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M
Merci.
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M
...là, sur ce banc de silence. C'est la deuxième fois que je lis ce texte. A la première, j'ai "vu" la situation seulement, et peut-être le fruit à terre. A la seconde, c'est un univers de sensualité qui s'épanouit traversant les âges de la femme cela rendu possible grâce à ton élan, et au sien. La lumière réchauffe et brûle encore, je n'arrive pas à te remercier... alors, je te dis bonjour seulement.
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D
<br /> <br /> merci marie-gabrielle, s'il est une sensualité au travers ce texte ce n'est que celle de ces deux solitudes écorchées, du temps qui passe et de cette vie diverse de multitudes et<br /> d'indifférence...<br /> <br /> <br /> <br />
I
salut daniel, ce qui me touche c'est cette rencontre avec l'enfant et ces promesses que l'on se fait de ne jamais etre pareil que son père ou sa mère jusqu'à ce qu'on comprenne que malheureusement on est génétiquement programmé et qu'il faut faire du chemin pour s'en sortir. en tous cas  ne jamais oublier l'enfance bien sur et ses promessesbravo pour ton blog très interessant. @++
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D
<br /> <br /> oui if6was9 ces déchirements de l'enfance qui nous marquent et façonnent notre avenir, ces douleurs étouffées et ces yeux d'incompréhension face aux étranges comportements des adultes - merci de<br /> venir me voir<br /> <br /> <br /> <br />
A
Quand tu t'es assis sur ce banc, je crois, je sais que tu as fermé les yeux pour ne plus rien voir... seulement être présent ... et c'est comme cela que l'on s'est rencontré ...
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D
<br /> <br /> oui Annick c'est comme cela que l'on s'est rencontré, j'en deviens sur maintenant...être présent, même qu'il me semble t'avoir vu sourire à la libellule...<br /> <br /> <br /> <br />
V
Valentine elle est superc'est mon amiePoètejournalisteet musicienne...
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