Ecriture, poésie, politique

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Patti

parce que la nuit
fourmillement d’ombres et chemins retrouvés
l’intro qui prend doucement, un piano qui pose là des notes d’automne, glauques et cristallines avant la rage électrique d’une guitare saturée
et puis, Patti, ta voix, rauque, envoutante et tes cris d’écorchée à la face livide du monde
parce que la nuit
drapeaux de peur et de sang, mensonges et monnaies
comme toi, Rimbaud, Ginsberg, Burroughs, Blake
des mots d’éveil et de conscience, des mots nus, de visions éclairées et déchues
alors, Patti, c’est ton étendard que j’ai pris, celui de la paix, de la révolte, flambeau oscillant d’un monde juste aux tempêtes tourmentées de l’histoire souffreteuse
« Jésus died for somebody's sins but not mine... » - Jésus est mort pour les péchés de quelqu'un mais pas les miens...
ton visage androgyne, jean troué, veste trop grande, pythie engagée et lucide, avec des mots à toi si loin des codes et des principes
parce que la nuit
arc jaunâtre du chevet sur les pages que je tourne
toi, Patti, fille d’Arthur, je te relis

rêve de Rimbaud  
je suis une veuve. ça pourrait être à charleville ça pourrait être partout. avance derrière la charrue. les champs. le jeune arthur rôde dans la ferme la pompe le puits artésien . jette du verre vert alias cristal brisé. m’atteint à l’œil.
je suis en haut. dans la chambre à bander ma blessure. il entre. s’appuie contre le lit à baldaquin. ses joues rougeaudes. air méprisant grosses mains. je le trouve foutrement sexy. comment cela est-il arrivé demande-t-il négligemment. trop négligemment. je soulève le bandeau révèle mon œil fouillis sanglant ; un rêve de Poe. il reste bouche bée.
je balance vite et dur. quelqu’un l’a fait. tu l’as fait. il tombe prostré. il pleure il enlace mes genoux. je saisis ses cheveux. cela me brûle presque les doigts. épais feu de renard. chevelure jaune et douce. et pourtant cette teinte rousse impossible de s’y tromper. rubiforme. éblouissant rouge. cheveux de l’Elu .
oh bon dieu je le désire. sale fils de pute. il lèche ma main. je me reprends. va-t-en vite ta mère attend. il se lève. il s’en va. mais pas sans le regard, de ses yeux bleus et froids, qui fracasse. celui qui hésite est à moi. nous sommes sur le lit. je pose un couteau sur sa gorge lisse. je le laisse tomber. nous nous étreignons. je dévore son cuir chevelu. poux gras comme des pouces de bébé. les poux caviar du crâne
oh arthur arthur. nous en Abyssinie Aden. faisant l’amour fumant des cigarettes. nous nous embrassons. mais c’est bien plus. azur. piscine bleue. lac d’huile luisante. les sensations se télescopent, animent. golfe cristallin. boules de verre de couleur explosant. la couture de la tente berbère se fend, s’ouvre, ouverte comme une grotte, ouverte plus grande encore. reddition sans condition.

parce que la nuit
comme pour gommer le vide et la peur, je t’écoute
encore, toujours, depuis trente ans je t’écoute, ta voix comme complice, intègre et offerte qui fait les yeux grands ouverts aux confins du nocturne
et puis ces riffs qui ragent ou qui pleurent qui voudraient porter et emporter la dérive de l’humain

 



défoncée à la révolte
ce que je ressens quand je joue de la guitare est complètement froid et fou. comme si je ne devais rien à personne et c’est juste un essai rien que pour voir jusqu’où je peux me détendre dans l’onde froide d’une note. quand tout sonne juste (juste et droit) la note de noblesse peut se prolonger indéfiniment. je ne me lasse jamais du Mi solitaire et je fais confiance à ma guitare et me moque du reste. parfois j’ai l’impression d’avoir brisé les chaines d’être libre et de pouvoir creuser dans l’éternité à chevaucher l’onde et le royaume du Mi. parfois ça ne sert à rien. je suis là à lutter pleine d’angoisse – craignant de ne jamais pouvoir extraire assez de graphite de mon crâne amoché pour inspirer ou asphyxier les yeux broutant les yeux broutant comme des vaches affamées de l’autre coté de la scène ou de la page. intérieurement je suis tout simplement folle. intérieurement je dois continuer. je la vois, ma muse raide, en saillie dans la forêt comme une statue brisée qui prend de la vitesse. l’année coloniale est morte et les grecs aussi sont finis. le visage d’alexandre demeure non seulement grâce au sculpteur mais grâce au pouvoir au magnétisme et à la prévoyance d’alexandre
l’artiste se préserve. garde l’ai fanfaron. est enivré par le rituel comme par le résultat. regardez-moi je ris. je lape dans la paume brune et dure du boxeur. je fais confiance à ma guitare. par conséquent nous tombons dans les pommes ensemble. par conséquent je pataugerais à travers l’écume pour lui et l’écume est devant mais nous nous contentons de rire. montant avec la montagne creuse j’arrive au sommet. nous nous agenouillons nous rions nous rayonnons enfin. cette révolte est un gaz que nous dépassons


parce que la nuit
la mienne, la tienne, la nôtre
et ce rêve improbable...

dessins :
- autoportrait / Patti Smith
- Arthur Rimbaud / Patti Smith
textes en italique :
Corps de plane – écrits 1970-79 / Patti Smith / Tristram
vidéo :
land : horses / Patti Smith / Horses / live
1976
 
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L
Bonjour Daniel,<br /> Je fais réponse à ton message mis sur mon blog, je déposerai ta pensée sur le sol d'Hiroshima le 11 octobre, tu peux compter sur moi... je pars mardi., Je ferai beaucoup de photos que je mettrai dans mon blog et une série spéciale pour toi.<br /> Bon week-end Daniel, je t'envoie un rayon de soleil.<br />  <br />  
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M
Merci Tigwenn  pour ce cadeau... Magnifique ! sa voix est toujours aussi troublante...<br /> Merci à vous deux pour ce moment
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M
J'adore Patti Smith :))) et tout ce qu'elle dégage...<br />  Je ne savais pas qu'elle continuait à chanter merci pour le lien because the night ...(chanson fétiche de nos soirées étudiantes ...)<br /> bises Daniel
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D
parce que la nuit, Maya, je l'écoutais sous l'étrange pénombre, elle habillait mon rêve, femme sortie du moule avant le moment, un monde meilleur, toujours, il faut y aspirer - bise Maya
C
Tu m'as donné envie de l'écouter... oh oui cette voix, cette rage, ces riffs de guitare qui m'emportent loin ! Merci Daniel.
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D
Cristal, oui, elle est tellement plus, de ces reliquats d'âme qu'il reste et s'estompent... de ces vestiges mourants d'utopisme, de foi en l'homme, elle a tout arrêté pour élever ses enfants et cette lucidité contenue n'a cessé d'exister, elle a connu de grands voyageurs et sages, un petit caillou sur les fondations vacillantes d'un monde meilleur, toujours les mots...
M
... merci pour cet exemple vivant, et le plaisir à écouter regarder, si proche de mon idéal, aussi proche de l'Antigone.<br /> "séculier"<br /> tant de voix / qui circulent / les devoirs / qui s'éculent / séculiers / nous disons / non à qui / oui à quoi / la sourdine est un frein / mis à la raison / le dernier / qu'il me reste / oui / ourdir l'unisson / ballet d'étreinte / émanation du corps / plaisir bucal / aspiration du son / orchestre en vas / d'une éjaculation / mon équilibre / n'existe pas / je le cherche / vous êtes là
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D
merci Marie-Gabrielle, je retiens surtout ces mots : "ourdir l'unisson", c'est le message de Patti