Ecriture, poésie, politique

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j'ai vu bâtir un temple

oui j'imagine, cette lueur vacillante qui fait se tordre les cuivres dans de furtifs embrasements mordorés, les yeux de l'enfant perçoivent et intègrent l'espace, l'atelier de chaudronnerie recèle de mille courbes et énigmes, serpentins de métal qui viendront terminer l'alambic
comme la spirale anthracite de l'escargot, comme le cercle tremblant à l'onde figée du lac, ce liseron colon ou ces pépins épars
ces formes, ces couleurs
Antoni n'était pas brillant à l'école, il préférait dessiner et observer les gestes de son père et puis Antoni n'avait pas de chance, sa grande soeur était fragile et deux de ses frères étaient morts, ils n'étaient plus que trois pour ne devenir plus qu'un
élève laborieux avec la complicité de deux amis d'internat, ils entreprirent de reprendre les plans d'un monastère abandonné du XIIème siècle, il avait dix sept ans
romantique, éclairé déjà de cette logique et du talent novateur qui l'habite

oui j'imagine, ce désir grandissant qui fait le jour venir de quitter sa terre d'éveil, terre de vignes, de cyprès, d'usines à briques ou de tissus, et soudain ces dédales de ruelles sales, de gens agglutinés et bruyants, linges pendants aux grilles des balcons, misères et cérémonial urbain
Antoni commence ses études d'architecte à vingt et un ans tout en travaillant comme dessinateur dans un atelier et puis ce maudit été 1876, son frère puis sa mère et trois ans plus tard sa soeur lui laissant du coup une petite nièce s'en iront de ce monde
l'Europe tremble, cette fin de siècle marque l'avènement de la science et le dénie de la religion.  Lamartine n'avait-il pas écrit, prémices à ce mouvement : « l'utopie est la réalité anticipée ».
c'est à ce moment là que l'idée d'un prêtre Josep Manyanet aidé de l'appui d'un promoteur Josep Bocabella prit forme avec l'appui d'une population pauvre mais animée d'espoir, construire une cathédrale universelle au nom de la sainte famille

oui j'imagine, les commandes affluaient, de riches industriels barcelonais avaient remarqué le talent de l'architecte, Antoni commença par la création de maisons ouvrières pour un riche industriel mais son projet ne pût aboutir, on ne loge pas un tâcheron dans une maison cossue, puis ce furent des demeures de riches bourgeois de la ville et de quelques édifices religieux
Antoni avait suivi les courants anarchistes de 1900 puis opté pour une libre pensée loin des doctrines et mensonges politiciens, fragile de santé, bourru dans ces gestes il était remarquable orateur lorsque sa passion l'animait, il tomba amoureux de la belle Josepha, fille de son premier client mais celle-ci bien qu'appréciant son érudition et son audace le refusa pour son coté rustre et trop sincère peut-être
mais le message de l'homme était autre

à coups de crayons, de mortier et de pierres il façonnait son imaginaire, matérialisait ces visions nocturnes et esquissées sur papier et cette folie humble, impensable aux biens pensants
maisons d'elfes, dragons et gargouilles de serpent, et puis l'épuration des formes, courbes originelles, spirales encore, calice de couleurs, cheminées clown
le 3 novembre 1883, reprenant l'embryon du projet de Bocabella, Antoni s'engage alors dans ce qui, comme transcendé, motivera son oeuvre, créer et bâtir le temple de la Sagrada Familia


oui j'imagine, les echecs aussi, l'un des projets d'Antoni était la création d'un parc habité ou la nature aurait fait corps à l'urbain dans une harmonie paysagère et construite, il n'y eu que trois maisons, celle de son client, de l'avocat du client et la sienne, personne n'y vînt
combien furent-ils d'architectes, d'hommes d'état, d'artistes à dénigrer ce jaillissement d'inventions et d'audace, visionnaire, fou, le temps a transformé ce rejet en contemplation et l'ignorance en admiration
en octobre 1906 le père d'Antoni disparaît, celui-ci s'enferme doucement dans un mutisme observateur et reculé, l'oeuvre telle une toile en rosace se tisse patiemment, l'édifice est vivant, les travaux balbutient  et le souffle de cette utopie n'est financé que par les pauvres de la ville et quelques rares cabots endimanchés, il en est toujours ainsi les pauvres étant désormais touristes
Antoni va honorer encore quelques commandes mais le temps, les nuits, cette humilité attentive vont l'amener à n'être plus que foi et bâtisseur
 
non je n'imaginais pas au travers ces couloirs inclinés, ces plafonds en vague, ces fenêtres de poupées, ces toitures de dinosaures sentir une telle sérénité, comme transporté hors du temps et des normes, des acquis régressants, des lignes droites imposées

non je n'imaginais pas, les yeux levés vers l'ailleurs, cette joie transcendante, là, muet, cette nef béante, colonnes tubulaires comme poumons, échos de marteaux et de scie sous un transept écorché, je suis petit, je suis universel, je touche la pierre
je suis dans le ventre du temple, je me sens être, l'utopie nourricière, agnostique ou porté de foi, soudain humain

dans cette après-midi du 7 juin 1926, personne ne reconnût l'homme renversé par un tramway et que la vétusté des vêtements envoya à l'hôpital des pauvres, dans ses poches, des graines de tournesol, une bible et le dessin d'une façade du temple, celle de la passion
Antoni Gaudi mourut le 10 juin et sa tombe est dans la crypte de la Sagrada Familia , son oeuvre ultime, universelle

plus sur l'homme et son oeuvre : Gaudi

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alors si le survol de la vie de Gaudi vous a plu, venez, entrez dans le ventre de l'édifice,
la Sagrada Familia , oeuvre universelle et intemporelle
venez voir bâtir un temple...

 
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J
<br /> Merci pour cette merveilleuse vidéo. Je ne connais ni Gaudi ni Barcelone et grace à vous je découvre. Je ne connaissais pas non plus votre site et je m'y "promène" depuis une heure déjà. Il y a<br /> tant à y découvrir, je vais y passer du temps je crois. Auriez-vous la gentillesse de me dire qui prete sa voix au commentaire de la vidéo, je connais cette voix, mais impossible d'y mettre un<br /> nom. Grand merci pour tout ce que vous écrivez. Jocelyne<br />
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D
<br /> <br /> quel sympathique petit caillou vous avez déposé là Jocelyne, si ce modeste univers vous plait, servez-vous ici tout est libre de droit, je trouve prétentieux ces droits d'auteur ou alors on ne<br /> met pas ses textes en ligne, déposer ses états d'âme à l'inconnu c'est se dire que c'est sur (?) d'autres partageront, c'est offrir et croire encore en l'autre,<br /> pour la voix, vous retrouvez la même sur les autres courts métrages, ce n'est que la mienne<br /> trop grave au propre comme au figuré,<br /> merci de votre visite, dans l'attente d'un autre petit caillou<br /> <br /> <br /> <br />
M
quel magnifique hommage que vous faites a ce si grand homme qu'était antonio gaudi...si je me permettais daniel...je vous dirais je vous aime juste pour cela...encore bravo vous avez illuminé ma journée.je repasserais surement je ne puis me passer de vous trop longtemps...s'il vous plait répondez a mon commentaire qui je l'espere vous touchera au coeur comme vous m'avez touché vous même!!!tendre baiser...marianne
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D
<br /> <br /> merci Marianne, la sincérité de votre comm me touche vraiment, ici l'espace est libre et rien n'est protégé de droit alors n'hésitez pas à vous y promener et me laisser d'éventuels petits<br /> cailloux, je vous embrasse à mon tour<br /> <br /> <br /> <br />
B
VOUS êTES IDENTIFIé A VOTRE OEUVRE, VOUS AUSSI, BRAVO ET BONNE VIE
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X
Bonjour, <br /> Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.webtoweb.fr   !<br /> Bonne continuation
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D
<br /> <br /> merci Xav pour l'invitation, mon site est un peu comme un petit caillou blanc, ne le vois et l'aime que celui qui veut bien<br /> <br /> <br /> <br />
L
je me dois de laisser un comm sur ce que j'ai vu là-bas.là-bas, un autre mondeà Barcelona on se sent si petit, si vulnérable face à cette architecture, on a envie de jouer avec elle.les maisons et surtout celles de Gaudi me rappelle mon enfance...La Sagrada, tellement magnifique, grandiose, on s'y perd, la tête nous tourneje me suis promise d'y retourner en 2026, marcher sur des chemins déjà foulés, revivre des instants de vie, mais surtout me recueillir dans ce temple, prier pour quelqu'un que j'aurais tant aimé...merci...
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D
<br /> <br /> merci Lyd pour ce comm, il est en effet des lieux ou on laisse un peu de soi même, espérons que pour ce pélerinage en 2006 la Sagrada sera terminée mais j'en doute au vue de la vitesse<br /> d'avancement des travaux, j'aime bien cette envie de jouer avec l'architecture, c'est vrai que certaines maisons de Gaudi ressemblent à des maisons de poupées<br /> <br /> <br /> <br />