Ecriture, poésie, politique

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Apsara

ils vont arriver, c'est l'heure, la marée a été gentille et les a ramenés dans l'après midi, les caisses de multitudes tortillées, débarquées sur le quai, les derniers crieurs, l'odeur du sel et de l'écaille fraîche,
je les sais avides, certains qui portent encore les embruns du vivant d'écume et d'autres parfumés à l'asphyxie, je grime les paupières, caresse doucement les hanches, ce sont les miennes, cette courbe comme frontière, je tends la jambe et fait glisser  comme timide, le nylon suggestif, au miroir de pupilles si lasses,
déjà les tumultes vocaux, ces voix qui s'élèvent , lavabo, je m'éclabousse avant d'entrer, je regarde mon ventre,
ça pue dans le bar, on s'entend pas, des hommes soudain volcans qui gerbent, éructent et se perdent comme moi si souvent mais sans les flots rongeurs, c'est pour ça que je les aime, je sais leurs regards, de mes yeux à la pointe de mes seins, la vague du bassin et la jambe ondule comme un bras tâtonnant, je suis leur rêve, belle et inaccessible, j'agrandis lentement l'arc de leurs éphémères refuges, tous ces yeux égarés, perdus de solitude,
ça gueule fort ce soir, les temps sont durs, les filets qui se vident et le moteur à nourrir
et rideau traversé, ils me découvrent, m'entrevoient, ils m'aiment brune, mes seins déjà fatigués si naturels, ils m'aiment comme eux, égarés au large si loin de l'inutile bruyant du présent, juste le langage du vent qui nettoie la terre et fait danser l'océan,
 - Apsara ! Apsara ! Apsara ! Apsara !
les voiles de crêpes  et de soie chutent, je danse et me dévoile pour eux, ne vois que de l'ombre en face et m'offre à l'inconnu, je frissonne de narcissisme et de peur, je suis belle, je le sais, je me venge en courant, trop tard
- eh ! viens là ma belle, j'vais t'montrer l'homme !
l'estrade chancelle, ils le saisissent, ses potes de tempêtes et de filets à trier, et je ferme les yeux, je tangue encore à leurs fantasmes éternels, j'existe, ils m'observent et m'envoûtent de leurs silences et obscurités,  ils savent mon téton raidir de par leurs regards, je danse, je m'évade, du bout de mes doigts au profond de mes cuisses, je m'envole ne vous vois même plus, regardez, je suis dépouillée, je n'ai plus rien, je vous offre déjà ça, nos errances et nos quêtes, allez baissez le projo,
ce soir c'était chaud mais pas de bagarre, l'envie engendre la querelle, ils sont c'est sur repus, ils savent l'inaccessible, ne vivent que de ça,
- eh ! pourquoi on t'appelle Apsara ?
- Apsara ? je sais pas, peut-être parce que l'on m'a gravée sur la pierre devenue végétal, que l'on m'a façonnée au fil de tant de peurs et d'aspirations, que l'on m'a faite déesse, c'est dur d'être dérive pour l'homme, gouffre à ses faiblesses, peut-être aussi pour danser et t'emmener vers d'autres rives
toujours pareil, la magie éteinte, juste un désir, je les vois autres, je veux mes draps même froids, lasse, et ces filaments rampants de remords qui rongent  mes restes de pudeur, une autre fille a pris le relais sur cette scène de bastringue, mon éphémère illusion qui tremble, qui soudain se cache aux autres
- ils m'appellent Apsara...

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L
avez vous lu le magnifique "de ça je me console " de Lola Lafon (découverte grâce à vous)?<br /> ce roman change mes nuits et ma vie
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D
oui lysiane bien sur et je vous conseille fortement "une fièvre impossible à négocier" ressorti en poche ainsi que son cd "grandir à l'envers de rien" , allez vister son site il est de toute modestie, coeur et talent - à bientôt
R
Une femme comme un filet aux mailles si finesqu'elle s'est prise elle-mêmeen prenant les autres
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D
oui viviane et dans ce filet le doux et le rude, le beau et le laid, le rêve et le subit, reste la beauté qui s'échappe des mailles et se joue du temps...
D
Je dirais juste un mot :<br /> Superbe !!<br /> merci, Domi
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D
merci Domi, quelle joie de te retrouver, juste un hymne au beau si peu entrevu du laid
J
Ce que l'Apsara représente est très bien rendu par ton texte.Envoutant. José
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D
merci José pour la visite et la découverte de ton blog en visitant Ayutaya il y a quelques années je me suis perdu à contempler ces danseuses de pierres rougées de chaleur et de pluie, et ce souvenir a frolé vraiment la grâce...
L
C'est la troisième fois que je viens lire ce texteet je ne me sens pas encore assez bon lecteur pour pouvoir le commenter vraimentje peux juste dire que j'aime ce flot
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D
et bien Luc, juste laisser parler son coeur et l'imaginer, belle et lucide douce et forte comme une leçon, un rêve, une chimère gravée sur d'antiques bas-reliefs dont l'âme traine encore aux ambiances enfumées du fond des bouges