Ecriture, poésie, politique

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coeur battant

et t' as traîné tes sandales sur les pavés de la ville,
tu jouais les mangeurs d' âmes, les collectionneurs de sortilèges,
et les gens qui te craignent, dont tu te moques bien,
ces princesses d' une nuit, et ces femmes de vie, ces chevaliers errants qui te maudissent la gloire, ou ce gueux demi fou qui t' implore le bonheur
et tu traînes dans la ville,
les paupières closes, ta cape rabattue, comme pour mieux t' isoler et tes pas fatigués, étrange et lourd fardeau.
et soudain dans la tiédeur, comme trébuchant de ta léthargie,
tu l' aperçois,
penché sur la margelle d' une fontaine desséchée, vêtu de mauve, les yeux hagards,
il te regarde
mais tu ignores ses yeux, tu ne vois que sa main,
qui ondule vers le puit,
sa main serrée, crispée,
serrant à en pâlir un petit sac de cuir.
et ce sac te fascine,
tes yeux de magicien ont décelé l' étrange,
ton instinct de sorcier qui brusquement s' aiguise.
l' inconnu a compris et brusquement frémit,
tu le suis qui se lève, fébrile et peureux,
tu presses ton pas, rivé vers sa main,
et soudain c' est l' absurde.
il te lance son sac, et il bave de rage,
l' écho de ses pas qui sonnent dans la ruelle,
un lambeau d' écharpe qui s' échappe et qui vole,
mauve,
vient choir sur le pavé,
et son cri déchirant, comme pour couvrir sa fuite.
et le sac qui est là,
sur le sol,
qui semble vivre, battre.
tu te penches, et déjà tu comprends le mystère de cet homme.
tu entrevois sa vie, et le but de son acte. tu en viens doucement à savoir, le comprendre, l'excuser. ses souvenirs te parviennent, tu le vois, délirant et baigné dans l' extase, sur des sofas de soie, chandeliers d' or, puis tu le retrouves blessé et vétu de guenilles, tu comprends doucement la cause de sa perte, son objet de déchéance
un visage t' apparaît,
c' est celui d' une femme.
et tu restes pétrifié devant tant de beauté, et tu sens une présence, un fluide maléfique,
tu devines soudain le sort du malheureux
il a couru, excédé, condamné par son amour, et sa dague qui brille, des éclats de soleil, franchissant le palais, devenu presqu' une bête, il se jette sur le lit ou elle est assoupie, et sa colère amoureuse, sa haine naissante, conduisent son poing serré vers sa poitrine offerte, transperçant le bleu de l' étoffe, qui doucement rougit
et la rue maintenant silencieuse.
avec des gestes délicats, tu vas ouvrir le sac, tu ressens la chaleur de cet amour mourrant,
et un cœur palpitant, tout imprégné de sang.
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A
Heureusement qu'il y a les mots pour détourner nos passions ...  animales, les plus belles mais les plus cruelles .Très beau texte .
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