Ecriture, poésie, politique
ce n’est pas d’une grande romancière dont je voudrais vous parler
non, plutôt de quelqu’un qui m’accompagne depuis si longtemps
vous savez lorsque le livre s’achève et que l’on traîne pour finir les dernières pages, dans l’appréhension du vide que laisse l’ouvrage une fois refermé
j’écris c’est mon immense consolation glacée
au fil de son œuvre sa présence s’est immiscée là dans un petit creux au fond de mon cœur
et souvent me reviennent des mots, des impressions décrites au délié de sa plume
Françoise est femme, mère, amante, soignante, sensuelle…
parlez d’un auteur, c’est blablater sur ses livres, ce sont de sempiternelles analyses lénifiantes voire trompeuses bien souvent et si loin de la sensibilité du cœur et de la perception
Françoise m’a pris la main alors que je ne l’ai jamais vu, j’ai serré ses livres contre mes yeux, jamais autant de partages ressentis
un jour mon fils devait lire à haute voix le texte de son choix, nous en avons parlé et je lui ai proposé les lignes suivantes, il m’a dit
- non y vont rigoler, mais je le sentais partant et face à sa classe, lui plutôt au fond, il a dit :
- c’est l’histoire d’une femme grosse, rejetée, seule et de son voisin qui va mourir plus vieux et tout aussi seul, il lui demande un dernier vœu
et il a lu :
montre-moi tes seins…
laisse-moi te regarder ! et Céline se découvre dans les yeux d’Anatolis. Elle voit couler ses larmes. M’accompagneras-tu Céline, m’accompagneras-tu ? Oseras-tu Céline ?
Alors elle sait lui donner le souffle des amantes au grand cœur…
Elle tient l’homme comme on tient l’enfant brûlant de fièvre Elle le tient au creux de son ventre. Elle le regarde mourir…Cavalière nue sans arme, sans monture, elle le hisse jusqu’à sa poitrine. Il cherche son sein comme un nouveau né trop tôt vieilli. Comme un enfant taciturne. L’amour qu’on vit n’est jamais celui qu’on attend. Elle lui récite les claires ténèbres. Le lait de l’absence…
et dans la classe, y’a personne qu’a rigolé et le débat qui a suivi était des plus prenants
un jour, j’ai écris un livre et je n’ai pu m’empêcher d’y emmener Françoise, elle étayait, éclairait mon récit, ses mots disaient tant de similitudes et tellement mieux et un soir devant le clavier, j’vous dis pas l’émotion, je lui ai envoyé quelques mots avec mon livre
je touche sa lettre en vous écrivant, il n’y a pas de secret, laissez-moi partager avec vous
je suis vraiment très touchée par votre livre, touchée aussi à l’idée de ces quelques phrases écrites il y a longtemps et dont vous parsemez le livre comme autant de cailloux blancs…
peut-être les mêmes cailloux blancs que ceux qu'elle m'aura laissé au fil de ses écrits
oui quelqu’un qui m’accompagne depuis si longtemps, lorsque mes pas font craquer les feuilles dans les allées, le délice des peaux, les souffrances de l’absence, le cri d’un enfant,
cet arbre que l’on étreint, le froid
écoutez, vous voulez ?
Ne te laisse pas voler la force d’aimer.
J’invente que tu existes pour ne pas mourir.
Comment les choses se minent-elles, comment le sable s’enfuit-il de nos pieds ?
le dernier livre de Françoise s’appelle : Se perdre avec les ombres
extrait de la quatrième de couv :
En m’éloignant de la maison j’aurais voulu effacer de ma mémoire l’amour et le sentiment maternel. Tout ce qui a gouverné ma vie, raflé mon temps. Oublier les jours, les années à aimer, écrire, veiller comme la sentinelle que je n’ai jamais cessé d’être. Comment retrouver la clé d’un royaume perdu ? Il suffit d’une chambre de hasard, de la flamme d’une chandelle, d’un chagrin vieux comme le monde. Ecrire devient le dernier refuge. Le dernier lien. Vieillir. Ecrire. C’est pareil. C’est ramasser le petit bois mort de la vie pour en faire un livre.
Mais le livre le plus lumineux, ne serait-ce pas celui dont on laisse les mots défiler et qu’on écrira jamais ?
oui quelqu’un qui m’accompagne, Françoise c’est le cri de l’amour avide, étouffé, du désir, déchu, c’est l’enfance ventouse, une odeur de confiture, le néon blafard d’un hôtel au fond d’une impasse
nous reviendrons la voir, d’accord ?
son œuvre est remplie, laissez-moi vous conseiller : L’or des chambres, Mortel azur, Le bout du compte, Le petit prince cannibale, La grosse, Se perdre avec les ombres,…
d’autres aussi sont tombés sous le charme, Pierre Perrin qui signe « Les caresses de l’absence » une rencontre toute vraie avec l’univers de Françoise et puis aussi Sabine Bourgois qui d’une lettre à l’auteur en fera un livre d’amour « une autre que moi »