Ecriture, poésie, politique

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au bout du quai

au bout du quai, je voyais le fanal onduler doucement, une araignée de brume tissait sa toile aux réverbères et aux façades dépecées, d’étranges fantômes grisâtres déambulaient en silence ne me voyaient même pas, oui c’était la nuit ou le jour transformé, entaché d’éclaboussures, de rouge et de couleur d’invisible, en marchant je me laissais hypnotiser au chant répétitif des traverses de la voie et ces deux lignes d’acier fuyant vers l’horizon, juste le halot trouble et incertain du fanal comme guide, les caméras ne voient pas au noir, les gyrophares traînent aux quartiers riches, les égouts canalisent nos écoeurements, je vous sentais, vous mes hantises, mes vides, mon ombre alanguie, porteuse de ces amours muets et pieuvre, si rapides et avides toujours, silhouettes de rats, du labo au fond de l’homme, le candélabre comme un gros œil triste, échos mourants de révolte et papiers gras voletant aux caprices d’un reflet d’âmes, soudain l’obscur, à tâtons, sans repères et ficelles, tremblotant, peureux, le fanal se rebelle, le quai n’en finit pas et pour quel train ? j’avance un peu à l’écart du cœur torturé de la rue gavée de racoles et d’hymnes à l’individu, les masques ont pris le dessus, des lits comme cercueils, l’égoïsme qui se perd le temps d’un orgasme ou d’un simili, des ados comme cocons écrasés aux ailes naissantes déjà amputées, des adultes bêtifiés nourris aux baves nauséabondes des médias et du jeu, mes pas résonnent sur ce quai silencieux, le fanal titube comme las, donne-moi l’éther du silence et de l’amnésie, les hordes désespérées descendront tôt ou tard vers l’hyper centre, les pastels au bitume ne seront pas ceux attendus, chacun se meuble comme il veut, et la haine suintant de misère, un jour c’est sur crèvera la rue en cicatrices cramoisies aux échos renvoyés du seuil aux fenêtres des façades de morne et d’identiques, j’ai soif, de souffles, d’haleines aux relents de gerbe, celle écarlate du fond du cri et celle du corps convulsé, fragmentaire, des brumes en paravents pour cacher la goutte blanche en méandres sur l’émail, du bois craque quelque part, le fanal si proche mais qui le tient et pour quel train ? au bout du quai sûrement l’attente, des lentilles voyeuses et délatrices, dérisoire, tu veux ma photo, t’as déjà tout, ce froid ne suffit pas à l’étouffement des flammes, des une en surnombre et tous ces sourires narquois, derrière les monuments, des billets cachés, des protocoles primitifs qui s’étendent en gouvernance et manipulations, plus loin des ombres qui scrutent les poubelles et des veines ouvertes sur des canapés de velours, reste encore une peau, une pupille tremblotante et le froid de cœurs figés et aveugles, dis, reste encore un peu, j’entrevois le fanal timide et chancelant, les limites du quai, des nervures de métal qui trouent la ville, issues fragiles et débordantes, là bas, des ruisseaux hoquetants, l’araignée de brume façonnait un mur, j’étais là, immobile, les yeux rivés sur cette entaille de graviers et de fer,
un train allait venir…

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A
Un chanson de Téléphone dans la tête...(de mémoire, impossible de trouver les paroles????...)<br /> Un homme plus un hommePlus un hommeattendent...<br /> Un homme plus un hommePlus un hommeattendent...<br /> Quelque chose de nouveau..Quelque chose de beau...
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D
oui à vous lire Aude ce refrain de Téléphone me revient aussi et m'a poussé à chercher l'origine tapie de ce texte et j'ai trouvé ! des réminiscences d'une nouvelle tirée de Soleil de loups de André Pyere de Mandiargues - merci docteur (sourire)l'histoire d'un train qui s'enfonce dans la nuit pour une destination inconnue et comme l'histoire humaine qui défile au travers la vitre...
Z
Le train de la vie avec ses mystères, ses espoirs, ses vitres parfois embuées par la chaleur d'une joie ou la tristesse de larmes, desvitres embuées pour ne pas voir... ou ne pas être vu. Un train tantôt léger et rapide, tantôt secoué de cahos et sur le point de dérailler, tantôt hésitant devant certains aiguillages. Mais inexorablement, le train passe, laissant derrière lui... tant de choses ! Du bon et du mauvais.<br /> Alors oui, un autre train va venir. Devrons-nous alors nous engager sur une autre voie ? <br /> Une fois encore, la puissance et le force de ton texte touchent en plein coeur, Daniel, et amènent à la réflexion. C'est toujours un plaisir de lire des billets d'une telle intensité.
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D
pardon zebu pour cette réponse tardive, j'aurai bien mis ton texte en complément du mien, des vitres embuées pour ne pas voir, quelle juste métaphore, ils sont là, décideurs et complices qui influent et conditionnentmerci pour ce partage invisible et lucide