Ecriture, poésie, politique

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Paul Tibbets


- quatrième ok ! au sol le mécano fait un grand signe
le métal vibre et s'ébroue doucement, le vrombissement des hélices et du souffle des cylindres emballés, la nuit est claire, propice au vol, Paul salue pour la photo, l'avion glisse sur la piste, trente quatre tonnes d'acier et quarante trois mètres d'envergure, ses ailes démesurées et son nez de verre se prépare à l'élan et après la pause vérificatrice, l'envol,
la nuit est claire, il s'appelle Paul Tibbets, il est  trois du matin, les prémices d'une aube grise et rougeâtre, on est en plein océan, Paul tire doucement sur le manche, direction Hiroshima
l'équipage n'est pas causant, les heures de vol si lourdes, tous cobayes, ceux des airs, du bout de la radio et ceux innocents,
Paul n'imagine même pas ce dont il est le dernier instrument, il est huit heures quinze, le B 29 stabilisé à neuf mille mètres, Paul déclanche l'ouverture de la soute, on est le six août 1945, Little boy fend les airs, quarante trois secondes de chute libre, et l'explosion à 580 mètres au dessus du sol dans l'axe de l'hôpital au coeur de la ville, Paul doit maintenir le cap
- eh les gars on fait un demi-tour et on regarde

Paul ne repassera pas au dessus de ce  désert d'horreur accouché et qui enfle, tout l'équipage de la Superfortress mettra ses lunettes de protection et reprendra, hébété le cap du retour, plus de cinq cents kilomètres avec cette emprise monstrueuse qui s'étale et monte et détruit, en deux minutes le monstre atteint dix mille mètres d'altitude,  encore six heures de vol, le premier sommeil de Paul, cette vision et cette médaille au sortir de l'appareil,
Paul Tibbets est mort ce jour, ce jour de mort, de cimetières retrouvés, il fit sa carrière au service de l'armée, fut rejeté de certains et soutenu par d'autres et même s'il se taisait pour d'obscurs arguments, puisse-t-il s'apercevoir aujourd'hui qu'il ne fût que l'articulation ténue du bout du fil aux grimaces empiriques des gouvernants,
un homme, juste un instrument de l'histoire...
'
photo 2 : Mémorial / merci Edith
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M
Je suis d'accord avec Marco; ça fait du bien de lire ton texte, même s'il est terrible (et justement pour cela, puisque cette terreur et ce scandale sont en nous, non exprimés) merci Daniel; je suis d'accord avec toi, c'est stérile de dénoncer des noms boucs-émissaires, dans une logique de guerre faite de tant de fils... 
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D
ah si l'histoire pouvait servir l'homme, lui prendre la main et sur les ruines de nos absurdités nous rendre enfin plus aptes à ne plus renouveller nos horreursmerci mireille
M
non <br /> ton texte est très bien ainsi<br /> <br /> certains textes sont compris "ipso facto"<br /> on ne les commente pas ;-)<br /> <br /> bon dimanche à toi<br /> amitiés marco
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D
merci marco, gamin mes parents écoutaient la tribune de l'histoire sur france inter et j'avais fabriqué le b29 en maquette plastique puis l'avais accroché au plafond de ma chambre - cette silhouette a fini par me hanter et j'ai détruit l'avion - ce "traumatisme" m'a fait aimé l'histoire et m'a ouvert les yeuxbien à toi
D
alors je me fais mon propre comm puisqu’il semble que ce texte est défailli à la bien pensance, au tabou ou à l’empêchement d’oublier, il s’agit ici de refus de dénoncements, peut-être aurai-je dû écrire le nom d’un président des états unis plutôt que celui d’un pilote d’avion, Tibbets bouffi d’orgueil n’a jamais regretté son acte mais ne voyons-nous que cela, des aveuglements inspirés au nom toujours de la liberté ? il était l’instrument comme ceux pantins et obéissants qu’on voit sur nos écrans, le drame c’est que nos morts ne nous servent même pas, leurs messages piétinés…nous sommes si surs et convaincus, pardon, cons vaincus
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